Valeo prend un ris mais reste en haute mer

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DR / Valeo
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Impossible d’échapper à l’onde de choc économique du Covid-19, surtout quand l’outil de production est paralysé. « Alors que nous avions à peine repris nos activités en Chine, notre réseau industriel a été mis à l’arrêt en Europe, en Inde, au Brésil et en Amérique du Nord, soit 154 usines (ndlr : sur un total de 184) », souligne Jacques Aschenbroich, président directeur général de Valeo.

Dès lors, les résultats financiers du deuxième trimestre et du premier semestre 2020 sont fortement dégradés. Le chiffre d’affaires consolidé du 1er semestre 2020 s’établit ainsi à 7,058 milliards d’euros, en retrait de 28 % (- 2,8 milliards d’euros) à périmètre et taux de change constants par rapport à la même période de référence 2019. La perte nette s’élève à 1,2 milliard d’euros et la marge opérationnelle est aussi négative, à - 840 millions d’euros, un recul de 514 millions. Les prises de commandes sont naturellement à un niveau faible (5,6 milliards d’euros au 1er semestre), dans la mesure où elles sont quasiment gelées depuis le mois de mars.

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Jacques Aschenbroich, président directeur général de Valeo.

Plan d’économies et tribut social

Pour faire face à cette terrible situation, Valeo a d’abord cherché à renforcer ses positions de liquidités, en négociant avec les banques 1 milliard d’euros de crédit complémentaire. « Nous avons aussi 2,3 milliards de lignes de crédit non tirées, tandis que notre trésorerie nette se situe à 2,1 milliards d’euros », souligne Jacques Aschenbroich, en rappelant que le groupe n’a pas été contraint à solliciter un prêt garanti par l’Etat ou des reports de charges. Le groupe a aussi défini un plan d’action global pour variabiliser les coûts et préserver le cash. Une démarche qui a permis d’économiser 570 millions d’euros, dont 248 de frais directs et indirects de personnels et 196 millions d’euros de R&D. Simultanément, via la réduction du dividende (de 1,25 euro à 20 centimes d’euro, proposition votée à 98 % par les actionnaires), la baisse des stocks et des investissements corporels, 633 millions ont été dégagés. Cette rigueur comporte un lourd volet social, car Valeo a supprimé 12 000 postes dans le monde, soit environ 10 % de ses effectifs, dont 4 000 en Europe et 2 000 en France. Essentiellement par le biais du non recours aux intérimaires et le non remplacement des départs (retraites, turn over naturel). Valeo a aussi procédé un impairment test (revue d’actifs), identifiant un réel point de vigilance sur ses activités au Brésil, pour des raisons qui dépassent le seul cadre automobile.

Electrification et Adas, paris gagnants

Le tableau pourrait paraître bien noir, mais Jacques Aschenbroich s’efforce à mettre en perspective la situation pour rester confiant : « La crise a fait resurgir des besoins de mobilité individuelle, incluant la voiture, y compris chez les jeunes qui s’en éloignaient avant, tout en renforçant la primauté des enjeux environnementaux et sécuritaires. Le Green deal européen et les plans de relance de plusieurs pays orientés vers la mobilité électrique en sont de bons exemples. Or, ce sont des orientations stratégiques que nous avons prises il y a dix ans et des marchés, électrification, Adas, sur lesquels nous sommes aux avant-postes, avec 12 plateformes technologiques clés ».

En outre, sur le 1er semestre, le groupe a continué d’enregistrer des performances supérieures à celles du marché : + 9 points en Europe, + 15 points en Chine, + 4 points en Amérique du Nord et + 6 points en Asie (hors Chine).

Des signaux encourageants

A court terme, Jacques Aschenbroich assure vouloir se concentrer sur le cash. La dette s’est creusée, à 4 milliards d’euros, et il va s’agir de la ramener à son niveau d’avant-crise, sous les 3 milliards d’euros. « La discipline financière sera notre maître-mot », assène-t-il. Contrairement à d’autres équipementiers Tier 1, comme Autoliv ou Continental par exemple, Valeo propose une guidance pour 2020, tout en affirmant naturellement que les incertitudes sont lourdes. Le groupe retient l’hypothèse d’IHS Markit qui place le marché mondial de la production de voitures à - 10 % sur l’année, dans un scenario qui exclut un reconfinement. Le marché chinois semble donner des signes de reprise encourageants : en juin 2020, en production comme en ventes, les niveaux de 2019 ont été dépassés. La reprise s’annonce plus progressive en Europe. Selon Jacques Aschenbroich, le groupe devrait donc atterrir cette année avec un Ebitda de l’ordre de 10 % du chiffre d’affaires et un cash flow libre supérieur à 400 millions d’euros.

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Face à Denso ou encore Bosch, Valeo s’est aussi lancé sur le marché prometteur du 48 V.

Véhicules autonomes et diversification sur les mobilités individuelles

Enfin, le groupe confirme certains projets de moyen terme. Si le JV avec Siemens focalisé sur les solutions pour les véhicules électrifiés de haute puissance, est encore dans le rouge, il suit sa feuille de route et les premiers bénéfices pourraient être dégagés en 2022. Par ailleurs, si certains programmes sur le véhicule autonome sont ralentis chez certains acteurs, il ne s’agit pas d’une brutale remise en question : « Les contraintes économiques peuvent freiner les programmes de certains clients, mais vous constatez aussi que certains acteurs, comme Waymo, ne baissent pas de rythme et multiplient les tests. Nous continuons donc aussi nos efforts pour proposer la bonne offre de technologies, étant entendu que le premier stade du véhicule autonome ne passera pas par la voiture de monsieur tout le monde, mais plus vraisemblablement par des véhicules comme les robots-taxis par exemple ». Jacques Aschenbroich assure aussi que Valeo ne s’interdit pas une diversification autour des mobilités individuelles : machines pour la livraison du dernier km, moteurs électriques pour vélos, scooters ou motos, moteurs électriques pour les véhicules trois roues en Inde. La contribution de Valeo dans la Citroën AMI, avec la fourniture du moteur 48 V, illustre cette attitude. Rappelons que Valeo maîtrise plusieurs unités de valeur névralgiques dans la chaîne de l’électrification : moteurs, onduleurs, chargeurs ou encore contrôle thermique des batteries.

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Jacques Aschenbroich confirme les programmes de Valeo sur le véhicule autonome.

Mots clefs associés à cet article : Véhicule électrique, Mobilité durable, Économie, Sécurité, Valeo, Véhicule électrifié

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