Une masterclass macro-économique du patron de Valeo

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A l’occasion de la présentation de solides résultats financiers de Valeo au titre de l’exercice 2019, son président-directeur général Jacques Aschenbroich a donné sa vision économique d’une filière automobile chahutée.

Jacques Aschenbroich assure que Valeo a fait les bons choix technologiques pour avoir un avenir radieux. (© Valeo)
Jacques Aschenbroich assure que Valeo a fait les bons choix technologiques pour avoir un avenir radieux. (© Valeo)

Entre le premier ralentissement de son marché automobile et surtout la crise du coronavirus, la Chine apparaît nécessairement parmi les sujets prioritaires évoqués par Jacques Aschenbroich, président-directeur général de Valeo. Le réseau industriel du groupe dans le pays s’articule autour de 34 usines. « A l’heure actuelle, 32 sites ont repris leur activité, pas à 100 % naturellement, et nous cherchons surtout à sécuriser notre supply chain sur laquelle nous n’avons pas de doutes majeurs », indique Jacques Aschenbroich, avant de poursuivre : « Il convient de faire un distinguo entre la province de Hubei où l’activité reprendra plus tard, et le reste de la Chine où nous travaillons à la relance. Cette démarche industrielle s’accompagne d’un important effort au niveau des ressources humaines pour protéger et accompagner au mieux nos collaborateurs ».

« Be glocal » : « think global, act local »

A ses yeux, il est encore prématuré de chercher à chiffrer l’impact économique du coronavirus. Pour l’heure, le marché s’effondre logiquement, mais il est délicat de savoir quand les consommateurs auront envie de revenir en concession. D’un point de vue général, Jacques Aschenbroich bat en brèche l’idée admise que la Chine est à part : « Notre structure de coûts en Chine ne diffère pas de celle des autres grands marchés ». L’approche dite « glocal » pour « think global, act local », un motto cher à Christophe Périllat, directeur général de Valeo, reste plus que jamais privilégiée et la production dans le pays se destine à 95 % à des activités en Chine. Par ailleurs, il souligne qu’il est important de s’adapter aux évolutions de la demande et de bien diversifier le portefeuille des fournisseurs pour se prémunir des situations critiques, surtout quand elles ne sont pas prévisibles. « A l’échelle du groupe, il ne faut pas perdre de vue que c’est un point névralgique avec 184 usines, 8 millions de produits finis produits quotidiennement pour 2 milliards de composants  », assène Christophe Périllat, de concert avec Robert Charrier, directeur financier du groupe, toujours très vigilant sur la stricte gestion des stocks.

Un pari déjà gagnant sur l’hybridation 48 Volt

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Valeo table sur une génération de chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros via les solutions mild hybrid 48 Volt en 2022.

A propos du processus d’électrification des constructeurs, Jacques Aschenbroich rappelle qu’il est en préparation depuis plusieurs années déjà, mais reconnaît aussi que les incertitudes sont lourdes en Europe pour 2020 : « Difficile d’être catégorique et d’affirmer que les clients seront au rendez-vous… Difficile, de notre point de vue d’équipementier, d’avoir une vision globale et précise des objectifs stratégiques de tous nos clients ». Pour l’heure, il table sur un doublement des ventes de véhicules 100 % électriques en 2020 par rapport à 2019. Dans le monde, à un horizon 2030, les ventes de ces véhicules devraient peser 20 % du mix. Plus loin dans le temps, les interrogations sont fortes par rapport à une réelle application de l’interdiction des mises à la route de modèles thermiques revendiquée par certaines villes et certains pays. En revanche, le « diesel ban » semble acquis, ce qui n’inquiète pas outre mesure le président de Valeo qui rappelle que son groupe n’est pas exposé à cette technologie. Dans l’intervalle, il peut même en profiter pour augmenter son volume d’affaires lié aux systèmes de dépollution. A plus court, terme, le pari technologique de Valeo sur l’hybridation 48 Volt doit générer 1,2 milliard de chiffre d’affaires (2022), avec une forte empreinte en Europe et en Chine. A moyen terme, le 48 Volt représentera 40 % des ventes mondiales, selon plusieurs experts, notamment ceux d’IHS Markit.

JV Valeo-Siemens, l’avantage concurrentiel sur les solutions de haute puissance

Toujours au chapitre de l’électrification, Jacques Aschenbroich est revenu sur l’accord conclu avec Siemens, un joint-venture qui pèse actuellement sur les comptes du groupe, ce qui était au demeurant programmé : « Le pic des investissements est derrière nous et vu le niveau des commandes, nous pouvons miser sur des bénéfices en 2022. Nous assumons totalement ce choix qui nous permettra ensuite d’être présents sur le segment de marché de la haute puissance. Les compétences que nous avons développées via ce joint-venture constituent un actif très précieux et envié par nos concurrents. Nous confirmons en revanche que nous n’irons pas vers la fabrication de batteries ni vers la pile à combustible en tant que telle ».

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Le joint-venture entre Valeo et Siemens sur les solutions électriques de haute puissance doit devenir bénéficiaire en 2022.

Les chiffres clés des résultats de Valeo en 2019 :

Le chiffre d’affaires consolidé s’est établi à 19,2 milliards d’euros, en hausse de 1 % (stable à périmètre et taux de change constants). Le bénéfice net part du groupe a chuté de 43 % (313 millions d’euros) et la marge opérationnelle a reculé de 1,6 point. Soit 4,1 %, mais le groupe précise que cette valeur aurait été de 5,8 %, c’est-à-dire conforme à sa guidance, hors élément exceptionnel de la longue grève chez General Motors (et de la fermeture de l’activité Commandes sous volant). La génération de cash flow libre a été de 519 millions d’euros, supérieures aux attentes des principaux analystes.

Guidance 2020 :

Valeo table sur une baisse de la production automobile de 2 à 3 %. « Dans un marché qui restera incertain, nous connaîtrons à nouveau une importante surperformance, une génération significative de cash flow libre et une amélioration de la marge opérationnelle, grâce à un strict contrôle de nos coûts et de nos investissements », déclare Jacques Aschenbroich.

Mots clefs associés à cet article : Véhicules connectés, Véhicules autonomes, Économie, Multinationales, Valeo, Véhicule électrifié

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