« Trop peu de bornes de recharge ! » Un mythe ?

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Vouloir atteindre la neutralité carbone et en finir avec les moteurs thermiques à l’horizon 2040 sont des objectifs plus que louables au service de la qualité de l’air et de la protection de notre environnement. Mais encore faut-il s’en donner les moyens ! Alors que les constructeurs développent leurs gammes électrifiées, demeure la question de l’infrastructure de recharge. Est-elle suffisante à ce jour en France ? Répond-elle aux attentes et aux usages des conducteurs ? Atteindrons-nous l’objectif fixé par le Gouvernement de 100 000 points de charge d’ici à 2022 ? Enquête…

« Trop peu de bornes de recharge ! » Un mythe ?

Le manque d’infrastructures de recharge est-il un réel frein au développement de l’électromobilité en France ou un mythe ? Au total, notre beau pays compte près de 240 000 points de recharge. Mais (parce qu’il y a un mais…) 120 000 sont installés dans les entreprises, 91 000 au domicile des utilisateurs et seulement 28 000 sont ouverts au public sur la voirie, selon le dernier baromètre commun entre l’Avere-France et le Gireve. Un maillage territorial qui a grandi de 20 % en un an avec des bornes dont la puissance se répartit ainsi : 64 % de charge accélérée (14-22 kW), 27 % de charge normale (<11 kW) et 9 % de charge rapide (24-130 kW). Or dans le même temps les ventes de véhicules électriques progressent plus rapidement, même si elles représentent moins de 2 % du marché – près de 2,4 % sur le marché des flottes. Les immatriculations de véhicules 100 % électriques ont bondi de 43 % sur les neuf premiers mois de l’année. Alors l’infrastructure de recharge actuellement disponible au public est-elle suffisante ?

À en croire la Commission européenne, la réponse est oui. Cette dernière estime en effet que la moyenne en termes d’équipement est de 1 borne de recharge pour 10 véhicules électriques. Un ratio dans lequel s’inscrit très honorablement la France, puisque avec près de 200 000 véhicules électriques et 50 000 hybrides rechargeables en circulation les quotas sont de 1 point de recharge pour 7,2 véhicules légers 100 % électriques ou de 1 pour 9 si l’on inclut tous les véhicules électrifiés. Grâce aux investissements de l’État (voir encadré 1), 45 000 points de recharge publics devraient être installés en France d’ici à 2020, selon l’Avere-France. « L’ensemble de ces initiatives permettra à la fois d’assurer la recharge du quotidien et de répondre aux besoins de déplacement des utilisateurs de véhicules électriques », précise l’organisme. Rappelons que l’objectif fixé par le Gouvernement en mai 2018 lors de la réunion du Comité stratégique de la filière automobile à Bercy est de 100 000 bornes de recharge publiques d’ici à 2022. On est quand même encore loin du compte…

L’usage doit faire la loi

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Surtout que ces chiffres cachent bien évidemment des disparités régionales. L’Ile-de-France est le territoire qui compte aujourd’hui le plus de bornes avec 4 008 points de ravitaillement, mais il n’est pas pour autant le mieux loti puisqu’il représente à lui seul 24 % des immatriculations de véhicules légers électriques avec 7 713 modèles mis à la route depuis janvier. Avec un total de 51 076 VE en circulation sur la région, le quota est donc de 12,7 véhicules par borne de recharge, ce qui est loin d’être suffisant. Médaillée d’argent, l’Auvergne-Rhône-Alpes compte 4 161 points de recharge, soit en moyenne de 7,8 véhicules par borne, une situation beaucoup plus confortable pour les usagers.

Car la difficulté ne réside pas seulement dans la faculté d’installer des bornes. Il faut aussi que ces dernières soient situées au bon endroit et délivrent la bonne puissance pour répondre aux besoins des conducteurs. Ainsi, le rapport Coda publié en août dernier par le ministère de la Transition écologique et solidaire, la Direction générale des entreprises (DGE) et l’Ademe, met « en évidence des situations peu adaptées à la réalité des besoins ». Cécile Goubet, secrétaire générale de l’Avere-France, concède : « Il est vrai que les premiers déploiements n’ont pas été très bien pensés. Mais aujourd’hui il y a une vraie précaution qui est prise pour s’assurer que les déploiements correspondent bien aux usages avec des analyses de flux plus poussée. » Ce à quoi Vianney Devienne, responsable marketing et commercial du Gireve, ajouter : « Avec l’augmentation du nombre de bornes de recharge, la réflexion sur la localisation des bornes pour optimiser leur usage se précise. Les nouveaux projets de recharge à la demande développés dans plusieurs territoires sont un exemple de cette attention portée à l’usage. »

En Normandie, où l’on compte 550 bornes réparties sur le territoire, on étudie la question de près avec le pôle de compétitivité Mov’eo. « Les usagers estiment que 10 % de recharge rapide c’est trop peu, car la charge lente ne correspond pas à ce qui est recherché. Il y aussi la question de l’interopérabilité entre les différents opérateurs et fournisseurs de bornes qui n’est pas toujours facile, même si la situation s’arrange » confie Alban Verbecke, président de Normandie Énergies.

Faciliter la recharge : une condition sine qua non

Sur cette question justement, les territoires tentent d’accélérer. Car si l’acte de recharger un véhicule électrique est trop compliqué, ou peu pratique, ou que cela ne n’apporte pas assez de bénéfice au consommateur, alors il s’en détournera. Les services de recharge doivent donc être ouverts, abordables, de bonne qualité, faciles à utiliser et pratiques. Des initiatives sont prises en ce sens, comme récemment en Bretagne et Pays de la Loire, où un réseau interrégional unifié a été mis en place. Concrètement, les 1 060 bornes de recharge publiques installées sont désormais accessibles au même tarif et avec un badge unique. « Ces nouveaux leviers de simplification d’accès au service public de recharge sont la condition sine qua non pour favoriser la mobilité électrique partout et pour tous  », souligne le syndicat d’énergie des Pays de la Loire. Autre exemple avec le réseau interdépartemental Eborn, qui réunit notamment l’Ardèche, la Drôme, l’Isère, la Haute-Savoie et les Hautes-Alpes. Les utilisateurs peuvent ainsi profiter des 700 bornes de recharge disponibles avec un seul et unique badge, le tout sous la même tarification unifiée via un accès avec ou sans abonnement. Plus globalement, le Gireve, le Groupement pour l’itinérance des recharges électriques de véhicules créé par Renault, CNR, la Caisse des Dépôts, EDF et Enedis, s’est donné une mission : faire en sorte que recharger son véhicule dans la rue soit simple pour l’utilisateur. Grâce aux différents accords d’itinérance signés, il est en train de constituer une base des bornes de recharge disponibles en France et en Europe, recensant près de 100 000 points de charge sur le Vieux Continent.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le n°250 (novembre 2019) de L’Automobile & L’Entreprise.

Mots clefs associés à cet article : Véhicule électrique, Borne de recharge, Véhicule hybride rechargeable

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