Tous les détails du plan de restructuration de Renault

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Jean-Dominique Senard et Clotilde Delbos ont présenté le plan de restructuration de Renault qui va orchestrer une réduction des coûts fixes de plus de 2 milliards d’euros sur trois ans. Si le volet social est lourd, 8 % des effectifs mondiaux, aucune fermeture sèche d’usine n’a été annoncée, hormis le transfert du site de Choisy-le-Roy.

Tous les détails du plan de restructuration de Renault

Dense semaine pour l’Alliance, qui avait préparé une séquence ternaire déclinée comme suit : présentation des nouvelles orientations stratégiques de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi afin de rassurer les places de marché, avant l’exposé du plan de restructuration de Nissan, et donc, ce vendredi 29 mai 2020, le dévoilement du plan de réduction des coûts de Renault.

Pour expliquer cette cure d’austérité, Jean-Dominique Senard, président du groupe, et Clotilde Delbos, directrice générale par intérim, évoquent des raisons structurelles plus qu’une conséquence directe de la crise du Covid-19, quitte à lancer quelques pierres dans le jardin de Carlos Ghosn : « Depuis des années, Renault est parti dans une direction qui n’était pas la bonne, à savoir une stratégie de croissance échevelée. Elle devait accompagner la croissance de nombreux marchés, notamment émergents. Or, cette dernière n’était pas au rendez-vous. Nous en payons aujourd’hui le prix. Nous devons aujourd’hui nous transformer pour nous aligner sur un principe de profitabilité, mais nullement court-termiste. »

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Jean-Dominique Senard, président de Renault

« L’objectif de réduction des coûts fixes de plus de 2 milliards d’euros sur trois ans vise à restaurer la compétitivité du groupe et à assurer son développement sur le long terme dans le cadre de l’Alliance », martèle un communiqué. Au premier chef, il convient de relever que le président de la République, Emmanuel Macron, a obtenu que le groupe s’abstienne de fermer des usines en France, alors que la rumeur allait bon train. «  Il n’y aura qu’une fermeture d’usine en France, qui concerne le site de Choisy-le-Roy. C’est en fait un transfert vers Flins » indique Jean-Dominique Senard, sans cacher que plusieurs sites ne sont cependant pas viables dans leur configuration actuelle, Dieppe en tête.

Un outil industriel largement sous-exploité en France

D’une manière générale, l’outil industriel en France pose problème, avec un taux d’utilisation des usines très insuffisant, 60 %. « La capacité annuelle de production est de 1 million et 80 000 véhicules, et nous en sortons réellement 655 000. Ce n’est pas soutenable. Avant même de parler de relocalisation, il convient déjà d’assurer la production optimale des sites existants. Si nous parvenons dans les années à venir à restaurer cette compétitivité, nous pourrons alors allouer de nouveaux véhicules à nos usines françaises, notamment via l’Alliance », expose Jean-Dominique Senard. Au niveau mondial, des ajustements vont intervenir, en Russie par exemple. C’est ce que détaille la carte ci-dessous :

Ce recentrage de la production est programmé comme suit : d’une capacité de 4 millions d’unités en 2019, le groupe va passer à 3,6 millions en 2022 et à 3,3 millions en 2024. Conjuguée à l’impératif de réduction des coûts, la facture sociale annoncée aujourd’hui s’élève à 14 600 suppressions d’emplois, dont 4 600 en France. Jean-Dominique Senard a insisté à plusieurs reprises sur le fait que ces mesures difficiles « seront mises en œuvre en concertation, dans le cadre d’un dialogue permanent, avec les partenaires sociaux et les collectivités locales ». Ceux qui y voient du cynisme devraient se souvenir de la façon dont le grand dirigeant a traité des situations difficiles chez Michelin.

La triple articulation de la réduction des coûts

Le projet de réduction des coûts comporte trois volets. Primo, l’ingénierie à hauteur de 800 millions d’euros. « Nous allons vers moins de diversité, au niveau des versions, des composants où Gilles Le Borgne nous assure que nous avons une marge d’optimisation de 25 %. Mais aussi de notre base de sous-traitants de premier plan, ceux qui représentent 80 % du business, où nous pouvons passer de neuf à quatre. À l’horizon 2026, le groupe passera de treize à quatre plates-formes » détaille Clotilde Delbos, qui compte aussi accentuer la standardisation. Un axe en ligne avec le programme « leader-follower » annoncé par l’Alliance.

Secundo, l’appareil industriel, comme nous l’avons vu, et dont l’apport est estimé à 650 millions d’euros.

Tertio, un effort particulier porté sur les fonctions support (frais généraux et marketing) pour 700 millions d’euros, avec « une digitalisation au service d’une optimisation des frais marketing, une rationalisation de l’organisation et une réduction des coûts corrélés aux fonctions supports, etc. », nous annonce-t-on.

En outre, certaines activités vont être redimensionnées à la baisse : le réseau intégré RRG en Europe, aujourd’hui déficitaire, « le transfert de la participation de Renault dans Dongfeng Renault Automotive Company Ltd (DRAC) en Chine à Dongfeng Motor Corporation, et l’arrêt des activités de véhicules particuliers thermiques sous marque Renault sur le marché chinois ». Renault sera un pure player électrique en Chine, un marché dont le lead est confié à Nissan dans le cadre de l’Alliance.

« Il n’y a pas le feu au lac ! »

« Le coût estimé de la mise en œuvre de ce plan est de l’ordre de 1,2 milliard d’euros », précisent les dirigeants du groupe. Et Clotilde Delbos d’ajouter : « Il ne faut pas confondre les synergies de l’Alliance, un ensemble très composite, et le plan de réduction des coûts de Renault ». Par ailleurs, Jean-Dominique Senard s’est voulu rassurant, notamment quand il fut question du PGE : « Ce prêt sera bientôt signé, mais c’est un cran de sécurité, pas une histoire de survie pour le groupe. D’ailleurs, si nous n’y avons pas recours dans son entièreté, ce sera très bien. Nous ne manquons pas de fonds propres et n’avons pas de besoins de recapitalisation. Il n’y a pas le feu au lac ! » De plus, la stabilité de RCI Bank and Services, pièce maîtresse de l’équilibre du groupe et de ses marges, est assurée, « même si le coût du risque sera plus élevé vu le contexte », ajoute le dirigeant.

Au final, Jean-Dominique Senard et Clotilde Delbos ont aussi annoncé la présentation d’un plan stratégique du groupe fin 2020 ou début 2021, ce qui leur a permis de faire plusieurs fois référence à Luca de Meo, qui deviendra directeur général de Renault au 1er juillet 2020. Clotilde Delbos, à laquelle Jean-Dominique Senard a rendu un hommage appuyé, deviendra alors directrice générale adjointe de Renault, tout en gardant la main sur la direction financière, unité ô combien névralgique par les temps qui courent, tout le monde l’aura compris.

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Luca de Meo prendra la direction générale de Renault le 1er juillet 2020 et présentera le plan stratégique du groupe fin 2020 ou début 2021

Pour découvrir l’intégralité de la présentation du plan 2022 de Renault, c’est ici.

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Mots clefs associés à cet article : Dacia, Renault, Marché France, Économie, Alpine

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