Stéphane Crasnier (Alphabet) : « Il reste aujourd’hui un certain nombre d’inconnues par rapport à WLTP »

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Fraîchement nommé à la tête d’Alphabet France, Stéphane Crasnier répond à nos questions sur la filiale LLD du groupe BMW.

Stéphane Crasnier, président-directeur général d'Alphabet France.
Stéphane Crasnier, président-directeur général d'Alphabet France.

[Interview issu du magazine n°239 d’octobre 2018]

L’Automobile & L’Entreprise : Quel est le contexte d’Alphabet France à votre arrivée ?

SC : J’ai trouvé un Alphabet que j’avais quitté avec un parc de 65 000 voitures à l’époque et qui va aujourd’hui bientôt atteindre les 100 000 unités. C’est une énorme croissance qui va se poursuivre cette année. J’ai également retrouvé un Alphabet qui avait grandi au sein des équipes. Nous sommes passés d’une population d’environ 200 collaborateurs a environ 300 aujourd’hui. J’ai surtout retrouvé un Alphabet qui opère aujourd’hui dans un monde qui a bien changé, un monde plus complexe et régulé. Le contexte politique (Trump, Brexit) a des effets collatéraux sur notre industrie. On doit pouvoir s’adapter avec des modèles plus flexibles. On a par ailleurs de plus en plus de régulation parce qu’on doit mettre plus de vertu dans le système. Alphabet se trouve donc dans ce monde plus complexe et régulé. À nous de nous positionner en rapport. Nous nous sommes adaptés en renforçant notre partie conseil, car nous sommes experts de ces domaines. Nos clients TPE ne le sont pas, et nous devons vraiment leur apporter du conseil.

A&E : Le sujet brûlant du moment, c’est l’entrée en vigueur de WLTP au 1er septembre. Quel est l’impact de ce nouveau processus d’homologation sur vos clients et votre activité ?

SC : Nous avons eu quelques effets à la marge mais, honnêtement, très peu. Nous nous sommes préparés cet été en formant nos commerciaux, mais nous n’avons pas eu de gonflement de notre activité pour anticiper la norme. Il reste néanmoins aujourd’hui un certain nombre d’inconnues par rapport à WLTP. Nous avons une idée de ce que pourront être les futurs grammages et le bonus/malus, mais nous ne disposons pas encore des éléments concernant la TVS, qui est une donnée clé pour notre secteur. Nous sommes encore dans la situation où nous devons interpréter.

A&E : Que recommanderiez-vous pour se préparer aux éventuelles conséquences de cette norme ?

SC : Il y a deux recommandations que je peux avoir en tant qu’Alphabet : dans un premier temps continuer notre travail d’optimisation des car policies en allant chercher les véhicules les plus performants. La seconde, c’est d’encourager nos clients à franchir le pas vers l’hybride et l’électrique. En tant que loueur, nous avons pris ce risque en leur proposant des véhicules aux motorisations alternatives.

A&E : Justement, où en est Alphabet sur la mobilité électrique ?

SC : Aujourd’hui, 2 % de notre flotte est électrique. On peut considérer que c’est très faible. Mais si vous regardez en termes de croissance, nous sommes à plus de 38 % d’augmentation par rapport à 2017 sur l’électrique et à plus de 46 % sur l’hybride. Cela dépend donc du prisme que vous utilisez pour regarder le marché. Je suis plutôt optimiste sur ce développement même si je déplore que cette part soit encore trop faible. Néanmoins il y a plein d’initiatives qui arrivent, notamment l’accroissement de l’offre constructeur. Nous avons besoin de véhicules qui puissent développer la masse.

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Les équipes d’Alphabet lors d’une opération sensibilisation à l’électrique, au siège de Bouygues Telecom en 2017.

A&E : Comment a évolué la part de marché de l’essence chez Alphabet ?

SC : Il y a eu un effet incroyable. Nous sommes passés de 2 % des commandes en 2017 à 25 % cette année ! Sur tous les segments. Les clients sont motivés par le risque potentiel de fermeture des grandes villes au diesel.

A&E : Avant de prendre la tête d’Alphabet France en juillet, vous avez évolué à l’étranger. Quelle est la particularité du marché français ?

SC : Sa maturité. J’ai passé ces cinq dernières années en Chine et en Australie. En France il y a une vraie maturité du marché et une vraie appétence pour la location longue durée. Près de 70 % du marché B2B se fait en LLD. Il faut aussi souligner l’expertise des clients grands comptes. En Chine, le marché est peu mature mais il y a une volonté farouche de mettre en place l’électrique avec des moyens impressionnants pour pousser dans cette direction. Par exemple, les autorités obligent les constructeurs à produire et vendre 10 % de leur production en électrique. En Australie le marché est plus mature mais il n’y a pas de contraintes écologiques. J’ai pu constater que, lorsque l’État n’imposait pas, il n’y avait pas de vertu.

A&E : Comment Alphabet se positionne-t-il par rapport à l’évolution de la mobilité et des fonctions du gestionnaire de flotte ?

SC : Nous avons développé une somme d’outils pour proposer des solutions : AlphaCity pour l’auto-partage, AlphaRent pour les solutions allant d’un jour à vingt-quatre mois, et AlphaElectric pour le conseil et la mise en œuvre de solutions électriques. Nous avons des partenaires pour répondre à ces différentes problématiques. Notre position c’est que, face à la complexité, on peut avoir besoin d’aller chercher des compétences externes.

A&E : Comment voyez-vous Alphabet dans cinq ans ?

SC : Toujours excessivement concentré sur la TPE. S’il y a un axe de croissance à développer, c’est ce marché. Ces TPE vont avoir besoin de conseil face à la complexité et à la régulation. Je pense que les moyennes et grandes entreprises vont aussi changer de modèle. Y compris pour aller plus vers des solutions de mobility allowance (« crédit mobilité ») en créant un forfait de mobilité. C’est à nous de les accompagner sur ces sujets-là. Je pense également que nous aurons un rôle important à jouer auprès des clients qui migrent d’un véhicule de fonction vers une solution de leasing pour particulier. Le tout sous la forme d’un parc beaucoup plus vert.

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