Sécurité : la tolérance envers la CIF à motos prend fin… pour l’instant

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L’acceptation de la circulation inter-files pour les motos et les scooters était en expérimentation dans onze départements français depuis 2016. Ce 1er février, la phase de test est révolue et la CIF redevient prohibée. Mais cette pratique ne semble pas totalement abandonnée pour autant.

En Gironde, le nombre d’accidents relevant de la CIF sur le réseau expérimental a triplé ! © European Union
En Gironde, le nombre d’accidents relevant de la CIF sur le réseau expérimental a triplé ! © European Union

Le code de la route est formel : interdiction pour tous les deux-roues motorisés de remonter les files de voitures dans un embouteillage ou un trafic dense. Pourtant, depuis cinq ans, cette habitude s’avérait autorisée dans une dizaine de départements comme l’Île-de-France, les Bouches-du-Rhône, le Rhône, et la Gironde. À condition, néanmoins, que certaines règles soient respectées : remonter uniquement la file entre les deux voies les plus à gauche, ne pas dépasser les 50 km/h et, surtout, le faire seulement lorsqu’un contexte de congestion de la route le permettait. Cette souplesse, qui ne concernait que les axes et autoroutes à double sens séparées par un terre-plein central avec deux fois deux voies, ne sera cependant plus en vigueur à partir du mois de février 2021. La phase de test n’a en effet pas porté les fruits attendus.

Une mortalité en hausse

Le gouvernement, qui avait décidé d’expérimenter la circulation inter-files (CIF), a confié une mission d’évaluation au Cerema, à l’université Gustave Eiffel et à la société Ergo-Centre. Et le rapport, remis à la déléguée interministérielle à la Sécurité routière Marie Gautier-Melleray, dresse un bilan mitigé. « Bien que restant minoritaire, le respect combiné des règles de positionnement et de vitesse tend à s’améliorer au cours de l’expérimentation, notamment sur le boulevard périphérique parisien », souligne l’étude. Un constat appuyé par la proportion de motard et de scootéristes circulant à 50 km/h ou moins en pratiquant la CIF, passant de 23 % en 2015 à 40 % en 2018.

Malheureusement, sur le plan de l’accidentalité, les résultats ne sont pas aussi encourageants. Si on observe une baisse de 10 % des incidents touchant les deux-roues motorisés à l’échelle des départements en essai (dans leur ensemble), le Cerema enregistre une hausse de 12 % sur le périmètre des réseaux routiers où s’applique la CIF expérimentale. De même, « le total cumulé des accidents dans lesquels les deux-roues motorisés pratiquaient la CIF sont de l’ordre de 1 650 accidents légers, 161 accidents graves et seize accidents mortels ».

En ce qui concerne ces seize drames, aucun conducteur de deux-roues ne respectait d’ailleurs les règles de vitesse ou positionnement, roulant le plus souvent bien au-dessus de la limitation à 50 km/h. En Gironde, enfin, le nombre d’accidents relevant de la CIF sur le réseau expérimental a triplé - 13 en 2015 contre 57 en 2018. Une mauvaise nouvelle qui pourrait s’expliquer par le fait que, sur ce territoire, une forte augmentation annuelle du trafic routier est à déplorer, notamment sur le périphérique où se concentrent 90 % des accidents. Mais cette raison n’élude pas « la nécessité de mieux contrôler les règles de conduite, de mieux communiquer et enseigner la pratique de la CIF », fait valoir le rapport.

Appel à la modération de tous

Actuellement écartée, la permission de circuler entre les files de voitures n’est cependant pas définitivement enterrée. Le dispositif pourrait faire son retour si un développement des voies réservées et une clarification des règles de la pratique de la CIF sont mis en place, selon la conclusion du Cerema. La Fédération française des motards en colère (FFMC) a quant à elle rappelé, avec sagesse, que « si nous voulons que cette pratique devienne légale à l’issue de la future expérimentation, il est bon de ne pas faire n’importe quoi et de respecter les règles de bon sens quand on pratique la circulation inter-files. L’avenir de cette nécessaire pratique en dépend ! » Quoi qu’il en soit, depuis ce 1er février et jusqu’à nouvel ordre, tout conducteur de deux-roues pris en flagrant délit s’exposera désormais à une sanction, soit une amende forfaitaire de 135 euros ainsi qu’à un retrait de trois points sur son permis de conduire.

Mots clefs associés à cet article : Deux et trois roues, Accident, Sécurité, Scooter

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