Quand la réalité augmentée investit les habitacles

Publié le par

L’industrie automobile est un véritable terrain de jeu et d’expérimentation pour les nouvelles technologies. Si la voiture autonome fait encore office d’arlésienne, nombre de possibilités digitales ne résultent déjà plus de la science-fiction. En témoigne le développement prégnant de l’AR (augmented reality), qui tend à devenir un élément incontournable de la conduite.

La réalité augmentée développée par Wayray. © Wayray
La réalité augmentée développée par Wayray. © Wayray

Consciemment ou non, tout le monde a déjà été plongé dans la réalité augmentée au moins une fois. Utilisée dans tous les domaines, commerciaux ou culturels, l’AR a fait son entrée dans le vocabulaire grand public en 2016 avec l’avènement du très populaire jeu mobile Pokemon Go. L’objectif : capturer des créatures digitales incrustées de façon réaliste dans l’environnement concret. Car l’AR n’est autre que la superposition d’objets virtuels dans le réel. Par conséquent, rien de surprenant à la retrouver dans nos voitures, véritables concentrés d’électronique sur quatre roues.

L’art de l’AR

La première fois que la réalité augmentée a pris place dans un véhicule, c’était il y a maintenant plusieurs décennies. General Motors fut en effet le premier constructeur automobile à proposer, dès 1988, le HUD (Head Up Display ou « affichage tête haute ») sur une voiture de série : la Pontiac Grand Prix. Ce système permettant de faire apparaître des informations par transparence sur le pare-brise a été initialement mis au point pour l’aviation, au début des années 1970. Futuriste, l’AR n’a donc finalement rien de nouveau. Bien qu’elle ne cesse de se réinventer dans le secteur, en constante évolution, de l’automobile.

JPEG - 548.2 ko
Les habitacles des voitures Mercedes agrémentés du MBUX. © Mercedes-Benz

Il faut dire qu’« intégrer un tel produit est vu comme une manière de se différencier pour les constructeurs » souligne Philippe Monnier, actionnaire et administrateur d’un des principaux acteurs internationaux dans le domaine de l’AR, Wayray. Créée en 2012, cette société basée en Suisse est née à la suite d’un accident que son fondateur, Vitaly Ponomarev, a eu à cause d’un GPS. Pour pallier cette distraction et garder les yeux sur la route tout en bénéficiant d’un maximum d’informations relatives à la conduite, sept ans de développement ont été nécessaires. En résulte un système de projection holographique dans la vision panoramique de la personne au volant.

Une section de l’université de Porto est, quant à elle, parvenue à développer une application de réalité augmentée baptisée See-Through System. Ce STS ingénieux et inédit permet de voir au travers des véhicules volumineux afin de les dépasser en toute sécurité. Bref, la réalité augmentée doit savoir se comporter comme « un vrai copilote », appuie Guillaume Iselin, responsable marketing produit chez Mercedes-Benz. Fort de ce constat, le constructeur allemand a d’ailleurs mis au point le MBUX (Mercedes-Benz User Experience) capable, via une caméra intégrée au rétroviseur intérieur, de détecter feux de signalisation et numéros de rue.

Optimiser l’humain

À l’image de cette option, « plébiscitée par plus de 70 % des clients en moyenne », les différentes applications de réalité augmentée renforcent « une meilleure compréhension de ce que l’on voit » fait valoir Raoul Bravo, fondateur d’Outsight. Cette jeune start-up compte ainsi révolutionner la conduite avec une caméra permettant le traitement de données 3D. Signaler une plaque de verglas, distinguer une personne d’une affiche en analysant la différence de consistance grâce au réfléchissement de la lumière sur le corps étranger… Autant de paramètres essentiels transmis en un temps record d’un vingtième de seconde au conducteur.

JPEG - 2.3 Mo
La caméra 3D d’Outsight. © Outsight

Pour les professionnels, cette technologie peut même s’avérer déterminante. En cas d’urgence vitale, comme c’est le cas pour les pompiers ou les ambulanciers, analyser d’un coup d’œil son environnement permet un gain de temps considérable. D’ailleurs, l’AR pourrait envisager de délivrer des informations spécifiques suivant le profil du conducteur via des applications smartphone, comme l’extrapole Philippe Monnier. Enfin, garantissant une sécurité supplémentaire induisant une réduction des accidents, l’AR pourrait aussi avoir un impact bénéfique sur le prix des assurances… à condition d’adapter les moyens aux besoins. « Sans perception 3D, pas de restitution fiable de l’environnement » insiste Raoul Bravo, pour qui la 2D des écrans constitue une contrainte à dépasser.

Un frein à l’attention ?

D’autres limites se posent également à l’expansion de la réalité augmentée. Outre la familiarisation des usagers avec cet outil, la surabondance d’informations émises est un obstacle à surmonter. À en croire Philippe Monnier, c’est d’ailleurs là que réside tout le pari du futur de l’AR. Alors que, « toutes les surfaces transparentes représentent un marché potentiel », le danger est que ce dispositif ludique et pratique le devienne un peu trop, amollissant les réflexes des conducteurs et embrouillant leur champ de vision. « Faire un choix parmi les informations à délivrer, dans quelles conditions (sur une ligne droite plutôt qu’un carrefour par exemple) et sous quelle forme, voilà l’enjeu », détaille l’administrateur de Wayray. Tandis que pour les passagers l’utilisation de l’AR en tant que gadget semble ouvrir des éventualités d’expérimentation infinies.

JPEG - 7.8 Mo
© Wayray

La contrainte de poids et de taille – devant s’avérer suffisamment compacte pour permettre au boîtier AR d’être embarqué dans n’importe quel engin – sera également le point à améliorer au fil des années. Plus petite, moins chère, plus performante : et si la réalité augmentée allait révolutionner le monde de l’automobile ? Bon nombre de marques à la pointe de l’innovation, de Jaguar à Tesla, ont déjà misé dessus. En tout cas, comme l’affirme Guillaume Iselin, il n’est pas inconcevable qu’un jour l’AR fasse « partie intégrante des véhicule de série. Voire devienne obligatoire, surtout pour les citadins », eux qui circulent dans des villes pullulant d’éléments à prendre en compte. Et avec l’importance croissante accordée au développement des habitacles, dorénavant équivalente à celle du design extérieur et de la motorisation, qui sait si cette hypothèse n’est pas imminente…

Mots clefs associés à cet article : Nouvelles technologies, Aides à la conduite, Recherche & Développement, Rétroviseurs caméras

Voir aussi :

A la une
Suivez-nous RSS Twitter Linkedin
Newsletter