Non à la baisse de la vitesse, mais oui à sa régulation selon l’environnement

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Faut-il abaisser la vitesse sur nos routes ?
Des experts répondent à la question lors d’une table ronde organisée par l’Automobile Club Association (ACA). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela va coûter cher… aux entreprises !

Non à la baisse de la vitesse, mais oui à sa régulation selon l'environnement

La vitesse est considérée comme un facteur de progrès pour l’humanité, mais concernant la sécurité routière il s’agit d’un facteur de discorde. En effet, dans les prochains jours doit se réunir le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) pour aborder voire envisager une baisse de 10 km/h sur les routes et les autoroutes. L’objectif : être en dessous des 2 000 morts sur les routes à l’horizon 2020. L’Automobile Club Association (ACA) y est opposé et dénonce, entouré d’experts, l’incohérence et le coût d’une telle mesure.

Pour Remy Prud’Homme, professeur des universités en économie, qui a évalué le rapport coût/bénéfice : « Le temps c’est de l’argent, et la baisse de la limitation de vitesse de 10 km/h est une erreur intellectuelle. » Côté chiffres, l’économie serait de 800 millions d’euros pour l’État, due à la baisse des accidents, et de 500 millions concernant la réduction de carburant des ménages, soit au total 1,3 milliard d’euros. Mais ce sont les entreprises qui seraient les grandes perdantes avec 5,2 milliards d’euros de manque à gagner, en perte de temps, en perte de business. Considérant que les entreprises sont également des usagers, le manque à gagner s’élève tout de même pour Remy Prud’Homme à 3,9 milliards d’euros.
Une analyse que partage Christian Gérondeau, ancien délégué interministériel à la sécurité routière et initiateur des limites actuellement en vigueur depuis 1973. « Cette baisse de 10 km/h de la vitesse n’apporterait aucun changement de mortalité sur les routes » insiste-t-il. Et Philippe Houillon, député-maire de Pontoise, membre du CNSR d’ajouter : « La première cause de mortalité n’est pas la vitesse mais l’alcool, à l’origine de 31 % des morts sur la route. On traite l’objectif et non la cause. » L’addition n’est pas pour autant terminée car Christophe Boutin, adjoint au directeur général de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA), souligne : «  Une perte de vitesse de 10 % sur le réseau principal c’est une perte de 2 milliards d’euros de PIB par an. De plus, il faut y ajouter 51 millions d’euros pour la facture du changement de l’ensemble des panneaux de signalisation. » Christophe Boutin rappelle également qu’«  il y a eu 143 morts sur le réseau autoroutier, qui concentre 25 % du trafic. Trente et un pour-cent sont liées à l’hypovigilance, 21 % à l’alcool et 13 % à la vitesse… 25 % de ces morts ne portaient pas de ceinture de sécurité ! »
Pour sa part, la Fédération française des motards en colère (FFMC) dénonce la méthode de calcul sur laquelle s’appuie l’argumentation du CNSR : 1 % de vitesse en plus c’est 4 % de morts en plus. Marc Bertrand explique : « Il s’agit d’une théorie mathématique, dite théorie de Nielsen, qui date. Il faut davantage responsabiliser le conducteur, dont le suréquipement des voitures lui font prendre davantage de risques, et accepter surtout de partager l’usage de la route. » Enfin, une telle mesure n’aurait aucun impact environnemental. Christian Gérondeau et Remy Prud’Homme estiment que le bénéfice se limiterait au temps qu’il faudrait pour le calculer. Tous sont donc opposés à la baisse de la limitation de vitesse mais tous se rejoignent sur l’adaptabilité de la vitesse à l’environnement. Didier Bollecker, président de l’ACA, rappelle : «  Avec 3 653 morts en 2012, la question de la sécurité sur les routes de France fait toujours partie des priorités. Il y a trois facteurs d’accidents à prendre en compte : l’humain, les infrastructures et l’automobile. Les deux derniers ont fait des efforts considérables. Les automobiles permettent désormais de limiter la casse grâce à la technologie embarquée. »
Demeure le facteur humain, dont l’hypovigilance et ses causes devraient davantage attirer l’attention des pouvoirs publics et de ses experts. Mais trop compliqué ou trop simple : le temps c’est de l’argent…

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