Limitation de vitesse à 80 km/h : deux ans après, quel bilan ?

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Le 1er juillet 2018, le passage de la vitesse autorisée de 90 à 80 km/h, entériné six mois plus tôt par l’ex-Premier ministre Édouard Philippe et le gouvernement, entrait en vigueur. Une mesure pour faire baisser le nombre de morts sur les routes et qui semble avoir porté ses fruits…

Selon l’étude du Cerema, la première conséquence découlant de ce dispositif de réduction de la vitesse est un recul du nombre de morts sur les axes français. © Marc Mongenet / Wikimedia Commons
Selon l’étude du Cerema, la première conséquence découlant de ce dispositif de réduction de la vitesse est un recul du nombre de morts sur les axes français. © Marc Mongenet / Wikimedia Commons

Lundi 20 juillet, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a publié un rapport dressant le bilan d’une mesure de sécurité routière décriée : l’abaissement de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h. Sollicitée par la Délégation à la sécurité routière et réalisée avec l’appui de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), cette synthèse devant s’étendre sur deux ans se concerne finalement sur une période de 20 mois, du 1er juillet 2018 au 28 février 2020. Le Cerema a en effet décidé d’exclure de son analyse les mois de mars à juin 2020, leurs chiffres de mortalité routière ayant été faussés compte tenu du confinement résultant de la crise sanitaire.

349 vies épargnées

Selon l’étude du Cerema, la première conséquence découlant de ce dispositif de réduction de la vitesse est un recul du nombre de morts sur les axes français. À en croire les conclusions de l’organisme, 349 vies auraient été sauvegardées par rapport à la moyenne des cinq années précédentes (de 2013 à 2017) prises en référence. Parallèlement, la mortalité routière sur le reste du réseau a enregistré 48 décès supplémentaire comparé à la même période. On ne peut donc que saluer toutes ces âmes sauvées. Néanmoins, on observe que pour préserver des vies, les restrictions de déplacements du confinement ont été plus efficaces puisqu’à lui seul, avril 2020 a épargné 130 personnes, soit près d’un tiers du constat chiffré induit par cette mesure de 80km/h.

En termes d’accidents corporels, le Cerema admet d’ailleurs que la mise en place de cette limitation de vitesse n’a pas eu d’impact sur leur nombre, demeuré équivalent à la période de référence. La véritable différence s’est joué sur la gravité, « le nombre de personnes tuées rapporté au nombre d’accidents sur le réseau considéré ayant baissé de 10% », assure l’organisme à l’origine du bilan. Difficile toutefois de certifier l’exhaustivité des observations du Cerema, celles-ci portant sur le réseau hors agglomération et hors autoroute, qui ne se compose cependant pas exclusivement de routes à 80 km/h mais également de portions à 70, 60, 50, ou même 110 km/h.

700 millions d’euros d’économies par an

Si le gouvernement avait soutenu le passage de 90 à 80 km/h en invoquant comme principale exigence l’économie de vies, celle plus pragmatique d’un impact pécuniaire n’était pas écartée pour autant. Et, sur ce point, il apparaît que la mesure a permis à la société française d’économiser 700 millions d’euros sur une année. Moins que les 864 millions d’euros récoltés par les radars automatiques en 2018, mais tout de même…

Pour arriver à ce gain financier, le Cerema s’est livré à une comparaison des coûts engagés par l’abaissement de la vitesse, et notamment sur la consommation de carburant. La diminution significative des accidents par collision arrière – et impliquant un poids-lourd – relevée par l’étude suppose également des dédommagements liés à l’assurance revus à la baisse.

Une mesure acceptée mais de façon mitigée

Depuis le 1er juillet 2018, date d’entrée en vigueur du dispositif à 80 km/h, les Français semblent s’y montrer de plus en plus favorables. Alors que, sur un échantillon de plus de 3 000 personnes représentatives de la population, ils n’étaient que 30 % de "sympathisants", ils sont désormais 48 % en juin 2020. Ce n’est pourtant pas la moitié du panel et ce chiffre tombe même à 40 % pour les personnes habitant en zone rurale. L’adhésion à cette mesure s’avère également très différente entre les hommes et les femmes : 56 % de la gent masculine s’y dit opposée tandis que les femmes y sont majoritairement favorables 53 %. Un désamour qui expliquerait sans doute pourquoi, en décembre 2019, 58 % des conducteurs de véhicules légers circulaient encore au-dessus de 80 km/h, dont 23 % au-dessus de 90 km/h.

La critique généralement avancée envers ce dispositif de limitation à 80 km/h serait une perte de temps sur le trajet. Une remarque que le Cerema s’est évertué à balayer. S’intéressant principalement aux trajets domicile-travail, l’organisme a observé, via l’application Google Maps et l’utilisation de traces GPS historiques, l’évolution des temps de parcours avant et après l’entrée en vigueur de la mesure. L’allongement des temps de trajet serait alors de 1 seconde par kilomètre en moyenne, soit 50 secondes sur un itinéraire de 50 kilomètres.

Bref, « le 80 km/h demande un petit effort à chacun mais les gains collectifs sont extrêmement importants », a souligné Marie Gautier-Melleray, la nouvelle déléguée interministérielle à la Sécurité routière qui a remplacé Emmanuel Barbe fin juin, en réponse aux conclusions positives du Cerema. Voire un peu trop ? La transition des 90 aux 80 km/h paraît en tout cas rentrer progressivement dans les mœurs. Au printemps 2019, le gouvernement a en effet ouvert la voie à un assouplissement de cette mesure en rendant possible le retour à 90 km/h localement. Or, si certains départements y sont revenus, seulement 14 000 km de routes sur 400 000 sont repassées aux 90 km/h, affirmait la déléguée interministérielle à la Sécurité routière.

Mots clefs associés à cet article : Études, Gouvernement, Sécurité, Vitesse

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