Les navettes autonomes françaises à la conquête du monde

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En France, plusieurs entreprises (équipementiers, transporteurs…) se sont lancées dans l’aventure du véhicule autonome. Mais rares sont celles qui transportent chaque jour plusieurs centaines de passagers. Les deux pépites Navya et Easymile reviennent sur leur succès, les freins rencontrés et leurs attentes, notamment réglementaires.

Les navettes autonomes françaises à la conquête du monde

« Parler de véhicules autonomes il y a quelques années, c’était de la science-fiction. Aujourd’hui, c’est entré dans les mœurs ». Voilà ce que répond spontanément Nicolas de Crémiers, le directeur marketing de Navya, lorsqu’on l’interroge sur le développement des véhicules autonomes et leur acceptation par la population. Mais il y a « encore de la pédagogie à faire », objecte-t-il.

Une lecture partagée par Benoît Perrin, le directeur général d’Easymile, principal concurrent de Navya. « Il faut expliquer et faire comprendre ce qui est faisable […] mais les passagers ont peu de craintes sur la technologie et la sécurité » des navettes, explique le chef d’entreprise. Au-delà de la maîtrise technologique et du risque sécuritaire, « l’acceptabilité est une condition sine qua non du développement du véhicule automatisé qui ne doit pas être considérée comme acquise », rappelle Anne-Marie Idrac dans un rapport remis au Gouvernement l’an dernier. L’ancienne secrétaire d’État, ex-présidente de la RATP puis de la SNCF, étant désormais Haute responsable pour la stratégie nationale du développement des véhicules autonomes.

Des centaines de navettes déjà livrées

Depuis leur création en 2014 et la mise à la route de leurs premiers véhicules, les deux sociétés françaises (l’une basée à Lyon : Navya, l’autre à Toulouse : Easymile) ont vu le marché des véhicules sans chauffeur fortement se transformer et se structurer. « La technologie a beaucoup évolué et le marché est devenu concret, même s’il s’agit de faibles volumes », analyse Nicolas de Crémiers, dont l’entreprise a déjà commercialisé 115 Autonom Shuttle dans une vingtaine de pays. Chez Easymile, qui a produit une centaine de véhicules EZ 10, Benoît Perrin a lui aussi observé « une forte croissance du marché ». Mieux, celui-ci n’est plus uniquement tiré par des collectivités désireuses de s’associer aux expérimentations des constructeurs pour découvrir les réactions de la population et voir comment mieux intégrer le transport à la demande et la mobilité du dernier kilomètre dans leurs offres. « Navya a permis d’éduquer le marché. On était là pour évangéliser », se félicite d’ailleurs Nicolas de Crémiers.

De plus en plus de sites privés ou d’acteurs privés, français comme étrangers, font appel aux véhicules autonomes des deux entreprises pour desservir leurs locaux. Il s’agit essentiellement de campus universitaires (comme à Rennes ou Villeneuve-d’Ascq), de parcs à thèmes ou de parcs d’entreprises. À Tremblay-en-France, dans le secteur de l’aéroport Charles-de-Gaulle, plusieurs Autonom Shuttle de Navya ont par exemple assuré pendant six mois, de 7 h 30 à 20 h 00, une liaison entre la gare RER de Roissypole, la Maison de l’environnement et le siège social du groupe ADP. Soit un parcours d’un peu moins un kilomètre.

Des sociétés cherchent également à posséder leurs propres navettes pour assurer des liaisons intersites. C’est le cas de TLD Group, fabricant d’équipements aéroportuaires, qui a commandé à Easymile une navette EZ 10 pour assurer un trajet d’environ 800 mètres reliant des ateliers au restaurant d’entreprise. Enfin, des transporteurs comme l’isérois Berthelet font entrer dans leurs parcs ces véhicules et les exploitent pour le compte de leurs clients. Cette PME familiale, fondée en 1946, exploite par exemple un véhicule Navya sur le site de formation du pétrolier Total à Dunkerque (Nord).

Vers une évolution de la réglementation ?

Qu’elles circulent sur route ouverte – donc au milieu du trafic routier – ou dans certains sites privés, à de rares exceptions près, les navettes autonomes embarquent encore un agent formé pour intervenir au moindre problème, au moindre danger. Une condition qui pourrait disparaître prochainement avec l’éventuelle évolution de la réglementation française, voire européenne.

Pour rappel, dans le monde, la Convention de Vienne régit la circulation routière depuis 1968. Elle traite aussi bien de la notion de permis de conduire que des conditions à remplir par les véhicules pour être admis à rouler. Or, lors de sa rédaction, l’automatisation de la conduite était, au pire inimaginable, au mieux quelque chose de futuriste. Les navettes autonomes de Navya et d’Easymile (comme de leurs concurrents américains ou asiatiques) bénéficient donc de dérogations pour circuler accordées par les États où ont lieu les expérimentations.

« La France a plutôt une approche positive et pragmatique de la réglementation. Les pouvoirs publics souhaitent accompagner le développement du véhicule autonome sans faire n’importe quoi », analyse Benoît Perrin. Preuve en est avec le rapport d’Anne-Marie Idrac, proposant des « orientations stratégiques » pour accompagner leur développement dans lequel il est écrit que ces véhicules « représentent un enjeu considérable pour les politiques des transports et de sécurité routière et notre industrie ».

« À l’échelle européenne, c’est beaucoup plus compliqué et beaucoup plus long. On n’a pas encore résolu les problèmes de certification et d’homologation des véhicules. Chaque pays définissant ses propres critères en la matière », ajoute le directeur général d’Easymile. Une vision partagée par son concurrent lyonnais. « En Europe ça coince un peu », admet le directeur marketing de Navya, société cependant engagée dans le projet européen Horizon 2020 du consortium Avenue.

Un troisième acteur se lance dans la bataille

Un rêve devenu (presque) réalité. Moins d’un an après avoir été dévoilée aux États-Unis, lors du CES de Las Vegas, la navette Milla effectuera ses premiers tours de roue dans un trafic dense mêlant cyclistes, automobilistes, piétons et ligne de tramway au mois de septembre. La start-up ISFM (Intelligent Systems For Mobiliy), implantée à Meudon, ayant été autorisée à faire rouler son véhicule dans les rues de Vélizy-Villacoublay. Imaginé par Frédéric Mathis et Éric Gendarme, épaulés par leur vingtaine de salariés, ce véhicule électrique sans chauffeur, capable d’embarquer jusqu’à six personnes, permettra aux habitants des deux quartiers retenus pour une expérimentation de six mois de rejoindre plus facilement un arrêt du tram T6 d’Ile-de-France. À terme, la navette Milla pourrait circuler « 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec des stations prédéterminées aux heures de pointe et la possibilité de la prendre à l’endroit où l’on se trouve en heure creuse grâce à une application », indique le service communication de la ville de Vélizy-Villacoublay. Gratuite pour les usagers, elle a d’ailleurs été paramétrée pour fonctionner avec le passe Navigo ou des tickets payables sur smartphone.

Mots clefs associés à cet article : Véhicule électrique, Véhicules autonomes, Navya, EasyMile, Nouvelles mobilités

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