« Les entreprises ont aujourd’hui tout intérêt à se tourner vers les véhicules propres », selon WWF France

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Plus connu pour son engagement en faveur des espèces et espaces menacés, le WWF est aussi fortement impliqué dans la réduction de l’empreinte carbone. L’organisation non gouvernementale compte bien faire entendre sa voix à travers la Loi d’orientation des mobilités (LOM). Interview de Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et villes durables.

Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et villes durables de WWF France.
Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et villes durables de WWF France.

L’Automobile & L’Entreprise : Quel constat tirez-vous de la mobilité en France ?
Pierre Cannet :
L’organisation WWF est très impliquée dans la décarbonisation de la planète, notamment via l’aspect mobilité, un secteur qui a crû de plus de 20 % en France ces dernières années. La transition de nos mobilités est l’un des défis majeurs à relever pour répondre à la crise écologique de cette décennie. L’Hexagone est loin des objectifs en termes de qualité de l’air. Les dépassements des émissions de polluants le mettent hors des clous par rapport aux réglementations européennes en vigueur.

A&E : Qu’attendez-vous de la Loi d’orientation des mobilités (LOM), présentée en conseil des ministres à l’autonome ?
PC :
Alors qu’il n’y a pas eu de loi sur les mobilités en France depuis une trentaine d’années, il s’agit de nous orienter dès maintenant vers le « moins, mieux, autrement » : moins se déplacer, mieux se déplacer et autrement. C’est pourquoi il est important d’agir et vite, tout en répondant aux enjeux économiques et de déplacements quotidiens des salariés, citoyens et usagers.

A&E : Que préconisez-vous ?
PC :
Nous prônons une logique d’accompagnement et de suivi pour les zones à faibles émissions. Il ne s’agit pas de fermer les centres du jour au lendemain mais progressivement d’en éliminer les éléments les plus polluants. Nous attendons aussi beaucoup de propositions pour offrir des alternatives aux véhicules individuels. À ce jour, deux tiers des Français se déplacent seuls dans leur voiture. Pour évacuer les situations de blocage, de bouchon et de pollution, il est important d’induire une logique de forfait de mobilité pour l’ensemble des usagers. Enfin, il est primordial d’opérer un changement quant à l’achat de véhicules propres en levant les freins et en facilitant le déploiement des infrastructures de recharge.

A&E : Les mesures présentées par le Gouvernement répondent déjà à vos attentes…
PC :
Tout à fait, mais à travers la LOM nous attendons aussi des gages à plus long terme et des arbitrages au niveau des budgets. Cette loi doit répondre aux objectifs du plan climat, qui prévoit la fin des véhicules fossiles à l’horizon 2040, en planifiant la montée en puissance des motorisations alternatives et la neutralité carbone d’ici à 2050.

A&E : Toutefois, la loi ne suffira pas. Comment travailler sur les habitudes de nos concitoyens ?
PC :
Il y a effectivement un aspect culturel fort à prendre en considération. En l’Ile-de-France, par exemple, on observe une utilisation très forte des différentes mobilités comme les transports en commun ou le vélo. Les entreprises sont aussi engagées dans l’électrification de leur flotte. Toutefois, le niveau de diésélisation reste élevé, 80 % encore dans les flottes. Il faut donc changer de paradigme.

A&E : Il demeure cependant des freins, comme l’aspect financier.
PC :
On a aujourd’hui un rééquilibrage de la fiscalité entre l’essence et le diesel. En ce qui concerne les véhicules électriques, un tiers du prix d’achat d’un véhicule électrique est absorbé par les primes et les aides de l’État. Quand on prend en compte l’augmentation des coûts liés au pétrole et à la consommation d’énergie, les entreprises ont aujourd’hui tout intérêt à se tourner vers les véhicules propres. Cela leur permettra de se prémunir des hausses de carburant et des contributions climat-énergie, qui augmenteront le prix des véhicules essence et diesel dans les années à venir. De plus, ces derniers vont perdre économiquement de la valeur à mesure que les collectivités prendront des dispositions pour lutter contre la pollution de l’air et les véhicules émetteurs de particules. L’impact sur la revente n’est pas négligeable.

A&E : Quelles actions mettez-vous en place pour soutenir leurs démarches ?
PC :
WWF France accompagne les entreprises dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et dans la transition vers une mobilité écologique et partagée. En ce sens, un outil a été développé pour aider les entreprises du transport, ou ayant une forte activité de transport, à définir une trajectoire de réduction d’émissions de GES conforme aux objectifs de l’Accord de Paris. Il propose des trajectoires de décarbonation en fonction de différents secteurs.

Notre organisation soutient enfin la mise en place d’objectifs ambitieux d’achat de véhicules à très faibles émissions dans le renouvellement des flottes, à l’instar des seuils déjà imposés pour l’État et les collectivités. Il invite les entreprises à prendre leur part de responsabilité à travers de tels renouvellements et à aller plus loin en remplaçant les voitures de fonction par des offres de mobilité multimodale.

Mots clefs associés à cet article : Véhicule électrique, Zones à Faibles Emissions (ZFE), Plan vélo, Loi d’orientation des mobilités (LOM), WWF France

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