« Le monde de l’entreprise ne voit pas son avenir sans véhicules »

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Décryptage du marché des flottes avec François Piot, président de l’Arval Mobility Observatory (ex-OVE).

François Piot, président de l’Arval Mobility Observatory (ex-OVE). ©X_MUYARD
François Piot, président de l’Arval Mobility Observatory (ex-OVE). ©X_MUYARD

L’Automobile & L’Entreprise : Vous avez présenté début juin le baromètre annuel de l’OVE*, devenu l’Arval Mobility Observatory. Quels en sont les principaux enseignements ?
François Piot :
Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le monde de l’entreprise ne voit pas son avenir sans véhicules. La tendance est plutôt à l’augmentation de la flotte. On voit aussi que le financement se fait de plus en plus via la LLD. Enfin, malgré tout, le déplacement dans l’entreprise est à l’aube d’un changement significatif. On envisage de se déplacer moins, différemment et en intégrant les paramètres temps et environnement, qui vont souvent de pair.

A&E : Les gestionnaires envisagent une croissance de leur flotte. Comment l’expliquer alors que le contexte réglementaire tend à réduire l’usage de la voiture ?
FP :
Ce phénomène est étroitement lié à une anticipation positive de l’activité économique, qui est une condition sine qua non à la croissance des flottes. Il y a aussi davantage de besoins en termes de livraison du dernier kilomètre avec la croissance des achats en ligne. Et sûrement aussi un effet culturel. Car, en dépit de l’ambiance anti-véhicule, la voiture garde une place importante en France même si elle ne convient plus à tous les trajets. C’est pourquoi les entreprises continueront de maintenir leur parc pour certaines utilisations mais peut-être avec un kilométrage moyen moindre.

A&E : N’est-ce pas contradictoire avec l’inquiétude grandissante quant à l’impact du WLTP ?
FP :
Non parce que les entreprises n’envisagent pas de remplacer leurs véhicules par les mêmes motorisations. Les répondants sont 51 % à avoir déjà introduit au moins une technologie autre ou à l’envisager dans les trois prochains mois (+ 10 points par rapport à 2018). Un taux qui monte à 85 % dans les grandes entreprises. Face au WLTP, le choix des énergies alternatives apparaît comme une évidence dans le but de réduire le niveau d’émissions (31 % des sondés - 75 % pour les grandes entreprises) et par conséquent l’impact fiscal (28 % - 72 %). En tête de liste, l’hybride s’impose comme une étape incontournable vers la transition énergétique (41 % des répondants - 75 % des grandes entreprises), suivi par les véhicules électriques (34 % - 75 %) et les hybrides rechargeables (29 % - 68 %). Cette évolution va de pair avec la redéfinition progressive de la conception des véhicules par les constructeurs.

A&E : Cela va plutôt dans le sens de la LOM, qui prévoit d’instaurer des quotas de véhicules à faibles émissions lors des renouvellements de parc. Quel est votre point de vue ?
FP :
Je ne suis pas contre le fait d’inciter ou d’obliger les entreprises d’une certaine taille à avoir une partie de leur parc « zéro émission ». Ça s’inscrit dans la tendance actuelle et, comme le révèle le baromètre, c’est déjà dans leurs intentions. En revanche, instaurer une nouvelle contrainte, si ce n’est pas pour en supprimer une autre, c’est dommage. À l’origine, le WLTP était censé ne pas avoir d’impact fiscal. Pour l’heure, il en a parce que la TVS n’a pas évolué. J’espère que l’on s’attaquera sérieusement à cette question pour en alléger l’impact et faire en sorte que la TVS soit applicable en fonction de l’année d’immatriculation des véhicules et fixe pour la durée de vie des véhicules. Les flottes s’interrogent et réfléchissent à la modification de la structure de leur parc. Le métier de gestionnaire, qui consiste à optimiser les coûts, est devenu très difficile à cause des incertitudes pesant sur la fiscalité.

Mots clefs associés à cet article : Flotte, Marché Flottes, Véhicules à faibles émissions, Énergies renouvelables, WLTP

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