Le CEA-Liten réinvente l’auto-partage urbain

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Pour un saut de puce en centre-ville ou pour rallier une gare depuis la périphérie, l’auto-partage est des plus efficaces… à condition que le service soit souple et disponible. C’est ce que vise le projet Esprit, que développe le CEA-Liten.

Ce service d’auto-partage est adapté à des grands sites, où il faut encore relier les lieux de travail au réseau de transport collectif.
Ce service d’auto-partage est adapté à des grands sites, où il faut encore relier les lieux de travail au réseau de transport collectif.

À Paris, Autolib’ a laissé des traces, et pas seulement sur la voirie. Les Bluecar parisiennes ont été victimes de leur succès dès que les stations ont essaimé au-delà du périphérique. Chaque soir, des centaines d’utilisateurs regagnaient la banlieue à leur volant, vidant les stations intra-muros. Un manque quasi impossible à combler en une nuit compte tenu du nombre de voitures. Sans compter le coût de l’opération, de l’ordre d’une cinquantaine d’euros par Bluecar. Cet écueil a été anticipé dans le cadre du projet d’auto-partage Esprit*, actuellement en gestation. Il pourrait succéder à Autolib’ dans des centres urbains, mais aussi sur des grands sites d’activité interentreprises.

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Son concepteur, le CEA-Liten (Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux), connaît bien la problématique sur son site de Grenoble. Matin et soir, 4 500 collaborateurs, dispersés sur 70 hectares, parcourent le dernier kilomètre séparant leur bureau de la station de tramway la plus proche. De petits véhicules électriques en auto-partage pourraient apporter une réponse à ce besoin de mobilité. C’est justement quand ils sont très sollicités que de tels services offrent un rendement optimal. « Nous allons monitorer nos véhicules pour les ramener là où les gens en ont le plus besoin. Cela permettra des rotations dix à quinze fois par jour contre une à deux fois dans d’autres services d’auto-partage », affirme Valéry Cervantes, coordinateur du projet au CEA-Liten.

Petits véhicules, grandes ambitions

Pour ne pas recruter une armée de convoyeurs – au risque de torpiller l’équilibre économique du projet –, ses instigateurs ont imaginé des véhicules qui s’attachent les uns aux autres. Une sorte de petit train routier, facile à constituer, permettant à un unique opérateur de ramener au bon endroit jusqu’à huit voitures à la fois. Le système d’accrochage s’inspire du ferroviaire avec un coupleur Scharfenberg, placé à l’avant, identique à celui qui assemble automatiquement entre eux les wagons des TGV. Par commodité, les ingénieurs d’Esprit ont conçu un prototype de quadricycle lourd (catégorie L7e) plutôt que de VP. Il est léger (moins de 450 kg), compact, et sa vitesse maximale, plafonnée à 45 km/h, convient à des trajets exclusivement urbains. À bord l’on compte deux places seulement avec la possibilité de n’utiliser qu’un seul siège et de récupérer l’espace disponible pour transporter de petits colis.

Ainsi, le petit gabarit reste un atout : le véhicule se faufile en ville et il nécessite moins de puissance électrique. « Nous avons choisi des batteries de 4 kWh qui confèrent une autonomie de 50 kilomètres », explique Valéry Cervantes. Avantage : ces accumulateurs se rechargent de 0 à 100 % en une demi-heure seulement sur une borne de 7 kW, le modèle le plus répandu. Autre atout : chaque grappe de véhicules refait le plein de courant à partir d’une seule prise, à la différence de la plupart des véhicules en auto-partage. Pour les collectivités ou les entreprises intéressées, la diminution de l’investissement dans des bornes de recharge sera importante. « Le service peut fonctionner avec une infrastructure de recharge pour quatre véhicules », précise le coordinateur.

Maîtriser le rayon d’action

Grâce au système d’accrochage, les véhicules stationnent emboîtés, réduisant l’emprise au sol nécessaire. Il suffit de libérer une trentaine de mètres, soit la longueur d’un arrêt de bus, pour positionner une huitaine de véhicules sur la voirie. Pas question pour autant de demander à chaque utilisateur de raccrocher son véhicule à celui de devant, à l’image des Caddie d’un supermarché. Esprit a eu la présence d’esprit d’intégrer un bouton qui permet de basculer en mode de guidage automatique sur les derniers mètres. Ainsi, chaque véhicule se range sans accroc de manière autonome. Pour qu’il redevienne disponible, l’opérateur devra de nouveau le séparer des autres. Cette manœuvre a plusieurs objectifs : laisser au prochain utilisateur le choix de son véhicule parmi les huit et éviter d’immobiliser l’ensemble lorsqu’un seul tombe en panne. En outre, chaque quadricycle sera stationné prêt à démarrer immédiatement et à répondre à un afflux d’utilisateurs, par exemple lors de l’arrivée d’un bus, d’un train ou d’un tramway.

En visant des trajets courts et des taux de rotation élevés, le CEA-Liten cherche à rendre les véhicules disponibles 90 % du temps. Et pour éviter aux salariés de faire les cent pas durant vingt minutes à l’arrêt de bus, les stations se réapprovisionneront en un laps de temps réduit. En outre, le niveau de fiabilité du service devrait être supérieur à celui des transports en commun. Contrairement à un bus en panne, qui prive tous les usagers de transport, la défaillance d’un seul véhicule permet à l’opérateur de maintenir une qualité de service grâce à la rotation des sept autres. Mais pour que cet optimal soit atteint, il est impératif de bien calibrer cette prestation de mobilité en bornant son périmètre à trois ou quatre kilomètres seulement. Le maillage idéal étant d’une station à moins de 400 mètres de chaque lieu de travail.

Une première série de tests, réalisée en Espagne, en Écosse et à Lyon a montré que deux tiers des utilisateurs étaient satisfaits de cette solution de mobilité. En 2022, une première flotte sera déployée dans la Vallée de la chimie, au sud de Lyon. L’opportunité pour le projet Esprit de faire ses preuves en conditions réelles avant d’industrialiser son offre.

Moins cher qu’une navette

Depuis 2015, la Commission européenne apporte son soutien au projet Esprit dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 (huit millions d’euros de subvention investis, plus une deuxième tranche de 360 000 euros déloquée en 2019). Le prototypage a abouti à un futur prix de vente voisin de 15 000 euros (susceptible de diminuer si la demande autorise des économies d’échelle). Pour un service de 35 véhicules, opéré par un seul dispatcher, Esprit prévoit une facture de l’ordre de 160 000 euros par an. C’est 20 % de moins qu’une navette qui tournerait en permanence pour convoyer les salariés entre leurs lieux de travail et une gare.

Mots clefs associés à cet article : Autopartage, Electromobilité, Nouvelles mobilités, Micro-mobilité

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