L’auto-partage veut devenir une filière de mobilité

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Start-up, constructeurs, opérateurs de transport, fournisseurs de boîtiers…, le marché de l’auto-partage est atomisé en une multitude d’acteurs. Pour parler d’une seule voix, certains viennent de se regrouper en association. Les enjeux sont stratégiques.

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« Ce qui nous rassemble est de proposer un service qui soit une alternative à la voiture individuelle », résume Jean-Baptiste Schmider. Le président de la nouvelle Association des acteurs de l’auto-partage (cf. encadré), par ailleurs P-DG de l’opérateur Citiz, a un agenda ambitieux : faire entendre les revendications de ses membres en pleine restructuration du secteur de la mobilité. « Nous avons décidé de monter une association car nous nous sommes sentis oubliés de la LOM », s’insurge-t-il. La loi d’orientation des mobilités fait bien référence à l’auto-partage, notamment pour les trajets des salariés, mais les décrets d’application valoriseraient uniquement un recours à des véhicules hybrides ou électriques, ce qui est loin d’être le cas au sein des flottes. « Sur environ 4 000 véhicules en auto-partage, seuls 4 % sont électriques » abonde Hélène Billon, directrice Facilities & mobility management d’Orange, dont la flotte est pionnière de cette forme de mobilité, mise en place depuis six ans.

Opendata ou pas

La LOM apporte surtout des tracas aux opérateurs d’auto-partage sur l’enjeu du MaaS. Autrement dit sur l’obligation faite à tout acteur privé de la mobilité d’ouvrir un accès à ses données. L’AAA redoute que les requêtes de tiers qui souhaitent accéder aux informations de ses membres ne saturent leurs serveurs avec le risque de dégrader la qualité de service au client. Autre point de friction, l’intégration de chaque opérateur dans des services multimodaux. « Sur le papier, il paraît séduisant de pouvoir tout faire depuis une seule application. En réalité, c’est plus compliqué, objecte le président. Chaque opérateur investit beaucoup dans son application pour améliorer l’expérience utilisateur. C’est pourquoi nous préférons qu’il y ait un lien de ces applications de MaaS vers les nôtres, où l’utilisateur pourra réserver et payer le service. » Le sujet fait grincer des dents jusque dans les rangs des loueurs qui se sont rangés sous la bannière du CNPA (Conseil national des professions de l’automobile). Son « Alliance des mobilités » rassemble déjà des start-up de la mobilité. « Nous souhaitons travailler en coordination et en bonne intelligence pour représenter la filière de l’auto-partage au sein de l’alliance des mobilités », évoque Jean-Baptiste Schmider.

Changer la ville

Créée en pleine campagne des municipales, l’AAA interpelle également les élus et les candidats. Ils détiennent une clé de l’avenir de l’auto-partage : l’accès à la voirie. « Nous avons besoin d’une visibilité et d’espaces sur le domaine public : soit des emplacements dédiés, soit des permis de stationnement pour les véhicules en free floating comme en trace directe », martèle le président de l’AAA. Rien d’impossible, comme en témoigne l’exemple de Bruxelles qui a réservé 2 % de ses places en voirie à l’auto-partage. En France, 1 % suffirait à contenter les opérateurs. Autre enjeu : le financement par les collectivités des infrastructures de recharge pour que les services d’auto-partage puissent s’électrifier. « Pour que les coûts restent accessibles, ce n’est pas aux opérateurs d’auto-partage de porter ces investissements », plaide Jean-Baptiste Schmider. Histoire de montrer que ces enjeux concernent ensemble des collectivités, l’AAA vient de publier le premier baromètre de l’auto-partage en France. En agrégeant des données au-delà de ses membres, (23 opérateurs interrogés), elle comptabilise entre 13 000 et 14 000 véhicules en circulation et quelque 800 000 utilisateurs. Surprise, le service n’est pas réservé aux grandes métropoles. Deux tiers des véhicules roulent dans des communes de plus petite taille. Dernier enjeu local, celui des zones à faibles émissions (ZFE), qui pourraient favoriser le recours à l’auto-partage notamment de la part des entreprises dont les collaborateurs doivent accéder aux centres urbains.

Assurer la rentabilité

Pour les gestionnaires de flotte, partager des véhicules devient un enjeu interne. « Le parc en auto-partage permet de répondre aux besoins des collaborateurs sans être lié à un véhicule attribué », évoque Helène Billon. Chez Orange, le prestataire Mobility Tech Green gère la réservation et la facturation des véhicules pour un usage privé le soir et le week-end. « Contrairement à l’auto-partage grand public, les services destinés aux entreprises peuvent leur permettre d’optimiser l’usage d’un bien qu’elles possèdent déjà » affirme Stéphane Savouré, président-fondateur d’Open Fleet. Ce prestataire, qui n’a pas rejoint l’AAA, propose des boîtiers et une application pour mutualiser le plus possible l’usage des véhicules, y compris à des particuliers. Ainsi, plutôt que de laisser 300 voitures au parking durant le mois d’août, un ses clients les a « auto-partagées » avec une association locale. Bilan : 20 000 euros de ressources bienvenues pour alléger le coût annuel du service. « On voit que les familles de l’auto-partage sont en train de s’ouvrir », observe Jean-Baptiste Schmider. Mais, compte tenu du nombre d’acteurs et de la progression encore mesurée de la demande, l’avenir du secteur s’inscrit encore en pointillés. Comme le reconnaît le président de l’AAA : « Notre marché n’est pas mâture en termes de modèle économique. Il y aura donc encore des concentrations et des retraits. » L’année de la LOM pourrait bien être décisive.

L’auto-partage made in France se structure

Depuis le 22 janvier 2020, les opérateurs de services d’auto-partage et les fournisseurs de technologies qui leur sont destinées ne sont plus isolés. Onze d’entre eux ont constitué l’Association des acteurs de l’auto-partage (AAA), la première du genre sur le marché français. « L’objectif de l’AAA est de rendre l’auto-partage accessible à tous et de promouvoir les avantages économiques et écologiques de cette solution », affirme son premier communiqué. Ses fondateurs comptent Clem, Citiz, Communauto, Getaround (ex-Drivy), Mobility Tech Green, Modulauto, Mov’InBlue, ShareNow (ex-Car2go, rassemblant BMW et Daimler), Totem Mobi, Ubeeqo (Europcar Mobility Group) et Vulog. En un mois, ils ont été rejoints par Dunasys (fournisseur de boîtiers), Free2move (PSA), Marguerite (Nantes Auto Partage) et le Syndicat mixte des transports de Belfort (réseau Optymo).

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le numéro 254 (avril 2020) de L’Automobile & L’Entreprise .

Mots clefs associés à cet article : Autopartage, Gestion de parc, Nouvelles mobilités, Loi d’orientation des mobilités (LOM)

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