L’Alliance Renault Nissan Mitsubishi entre plan de rigueur et plan de relance

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Après une période particulièrement mouvementée et de mauvais résultats commerciaux et financiers, les dirigeants de Renault et de Nissan avaient resserré les rangs et l’Alliance Renault Nissan Mitsubishi devait présenter un plan de relance dans le courant du mois de mai 2020, afin de rassurer partenaires et places de marché.

Les membres de l'Alliance Renault Nissan Mitsubishi sortant d'un conseil opérationnel au Japon le 30 janvier 2020. (© Renault)
Les membres de l'Alliance Renault Nissan Mitsubishi sortant d'un conseil opérationnel au Japon le 30 janvier 2020. (© Renault)

Naturellement, la crise sanitaire du Covid-19 et l’effondrement économique qui l’accompagne changent la donne et viennent encore noircir le tableau. « Je ne suis pas sûr qu’en 2020, un seul constructeur automobile puisse établir un budget précis », lâchait ainsi Makoto Uchida, directeur général de Nissan. Dans un entretien accordé au Wall Street Journal, Jean-Dominique Senard, président de Renault, joue aussi cartes sur table : « La situation est très claire : nous n’avons aucun revenu parce que nous ne vendons rien ».

L’Alliance présentera bel et bien un plan à trois ans à la mi-mai

Pour l’instant, eu égard au manque de vigueur de la demande, aucun des deux groupes ne voit un quelconque intérêt à produire davantage de voitures, même dans les pays où les usines sont autorisées à ouvrir de nouveau. Renault a fermé tous ses sites pour une durée indéterminée, sauf en Chine et en Corée du Sud, où les usines ont repris le travail. Nissan a fait de même, sauf en Chine et au Japon, où certains sites fonctionnent avec une capacité réduite.
Cependant, malgré cette crise exceptionnelle dont on ignore encore l’exacte portée et malgré l’absence de visibilité sur les plans de relance de l’économie et de la filière automobile qui seront déployés dans différents pays, les dirigeants de l’Alliance jugent qu’ils doivent travailler sur leur attractivité et annoncent donc qu’ils présenteront bien un plan sur trois ans à la mi-mai.

Un plan de relance qui comprend un plan de restructuration

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Le plan de relance de l’Alliance comprend un plan social de grande ampleur chez Renault et Nissan.

Selon des sources proches du dossier, les dirigeants de Nissan et de Renault prévoient de mettre un terme aux produits et aux activités qui n’ont que peu d’espoir de devenir rentables. Cela pourrait se traduire par la fermeture des usines de Nissan en Espagne, tandis que Renault pourrait se retirer du marché chinois. A son niveau, Renault a déjà évoqué un plan de restructuration, « sans tabou et n’excluant pas des fermetures d’usines, y compris en France ». Chez Nissan, le chiffre de 17 000 suppressions de postes sur quatre ans a été avancé. On ignore si la grande dépression mondiale annoncée favorisera l’acceptation de mesures sociales hautement impopulaires… Par ailleurs, les travaux de recherche et d’ingénierie seront divisés et mieux répartis au sein de l’Alliance pour éviter les doublons. Des milliards d’euros d’économies sont prévus, en partie grâce à un doublement de la proportion de pièces que les deux entreprises partagent, à 75 % voire 80 %. Le « carry over » et le « design to cost » sont déjà bien ancrés dans la culture des groupes et peuvent donc être optimisés. Autant d’éléments qui avaient déjà filtré des échanges entre les dirigeants des deux groupes à l’issue du conseil opérationnel de l’Alliance qui s’est tenu à Yokohama le 30 janvier 2020.

Une valorisation boursière qui pose problème

« Si le plan n’est pas bien structuré et présenté, alors le cours de l’action ne redécollera pas et le monde ne croira pas au redressement de Nissan », a notamment déclaré Makoto Uchida.
« Nous ne sommes pas du tout satisfaits de la valorisation en Bourse de nos deux entreprises, et nous sommes déterminés à sortir de cette situation », répète avec insistance Jean-Dominique Senard, tout en affirmant que Renault pouvait surmonter cette récession et que les analystes s’accordent à dire qu’aucun des deux groupes ne risquait de manquer de liquidités dans l’immédiat.
Renault bénéficie des aides du gouvernement français en ayant recours au chômage partiel pour certains salariés de la région parisienne. Le constructeur français a également accès à des prêts garantis par l’État en France et à une ligne de crédit de 3,5 milliards d’euros qu’il n’a pas encore mobilisée. De son côté, Nissan dispose de lignes de crédit non tirées d’environ 11 milliards d’euros.
Reste à éviter d’entrer dans une phase de récession trop prolongée, car, dixit Jean-Dominique Senard, « nous testerions alors les limites d’un monde nouveau ».

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Makoto Uchida, directeur général de Nissan.

(avec agences)

Mots clefs associés à cet article : Mitsubishi, Nissan, Renault, Économie, Coronavirus Covid-19

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