Gestionnaire de parc, un métier en pleine (r)évolution

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C’est un fait, déployer une bonne gestion de flotte figure désormais comme une composante nécessaire afin d’améliorer l’expérience du salarié au sein de son entreprise. Pour l’employeur, avancer ce type de service interne constitue également un gage d’attractivité auprès des talents à recruter. Gestionnaire de parc n’est donc pas un poste à négliger, bien au contraire !

Sa polyvalence extrême fait du gestionnaire de parc un véritable couteau-suisse, voire une perle rare touche-à-tout pour l’entreprise. © Jeshoots/Unsplash
Sa polyvalence extrême fait du gestionnaire de parc un véritable couteau-suisse, voire une perle rare touche-à-tout pour l’entreprise. © Jeshoots/Unsplash

Quand on demande quelles sont les qualités professionnelles d’un bon gestionnaire de parc, on se retrouve souvent avec un inventaire à la Prévert. Avant toute chose, « il faut impérativement un bon relationnel humain et une aisance orale car il ou elle sera en contact direct avec les conducteurs/collaborateurs comme les prestataires et il ou elle devra faire passer des orientations induisant parfois des réticences  », expose Albane Guerrier, manager exécutif de la division Immobilier, Construction & Facility Management chez Page Personnel. Pour elle, « faire preuve de rigueur aussi est primordial » afin de ne pas se laisser déborder par la charge de travail à abattre, de même que « savoir trouver des solutions à chaque problématique et se montrer débrouillard. »

Des ressources humaines, du charisme, de l’organisation mais aussi une curiosité ainsi qu’un « esprit ouvert capable d’observer le monde et ses tendances » sont également exigés pour Hanno Klausmeier, à la tête de SAP Labs France. « Un gestionnaire ne doit pas simplement appliquer la politique du groupe dans lequel il évolue, il doit aussi comprendre le groupe et sa mentalité. Par exemple, chez SAP Labs France, nous avons des consultants et des commerciaux mais ils n’ont pas tous les mêmes besoins », fait valoir le directeur général. Un aspect sociologique important qui doit se coupler avec une maîtrise de l’informatique « car aujourd’hui tout est connecté au digital. » Bref, une polyvalence extrême qui fait du gestionnaire de parc un véritable couteau-suisse, voire une perle rare touche-à-tout pour l’entreprise.

Un métier qui s’acquiert à la pratique

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Albane Guerrier.

Malgré toutes ces casquettes, qui laisseraient à penser que gestionnaire de parc demande des années d’études, c’est un métier ouvert à tous et qui s’apprend presque sur le tard, comme nous le confirme Albane Guerrier. « Il n’y a pas de parcours type pour devenir gestionnaire de parc, la seule condition est de posséder un permis B mais sinon il n’y a pas de prérequis », admet notre interlocutrice. « Les gestionnaires commencent souvent au sein des services généraux mais parfois ils peuvent venir de chez un loueur ou avoir bénéficié d’une promotion interne, à l’image d’un technicien », explique la manager exécutif de Page Personnel.

Pour Hanno Klausmeier, ce lien avec l’automobile est même essentiel. Pour cause : « un gestionnaire de parc doit comprendre la mécanique des voitures car il y a actuellement d’énormes changements sur le marché automobile du point de vue technologique. » En témoigne la voiture autonome « qui pourra être une réalité partielle dans quelques temps ». Une déclaration qui fait écho à l’expérience personnelle de Sandrine Lauraire. Cheffe du service de gestion des véhicules du département de l’Essonne, elle dirige une équipe de douze personnes et c’est sa passion pour l’automobile qui l’a poussé par hasard vers ce métier. « J’étais agent administratif et, un jour, je suis arrivée sur un poste qui dépendait d’un service achat et, à force de responsabilités, j’ai créé ce service rattaché à l’automobile, un sujet qui me plaisait car en constante mutation », raconte Sandrine Lauraire. C’était il y a 25 ans « mais je n’ai pas vu passer les années »

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Hanno Klausmeier.

Il faut dire que, quand on est gestionnaire de parc, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. Les missions (voir encadré) sont diverses et variées. « Cela peut aller de la tâche très opérationnelle, comme gérer les véhicules ou les cartes grises, à l’élaboration d’une car policy en réponse à une politique environnementale », énumère Albane Guerrier. Cet élargissement des missions peut d’ailleurs déboucher sur une carrière de facility manager, associé à la gestion plus large du site ou du bâtiment. Cela inclut l’installation de bornes de recharge, la sélection d’un fournisseur d’énergie verte sur tous les postes ou encore l’instauration d’un environnement de travail respectant les normes en matière d’hygiène, de sécurité, de maîtrise des coûts et d’amélioration de la qualité de vie professionnelle.

Multitâche et méritant

Si la fonction de facility manager demande de se tenir encore plus au fait des réglementations légales à appliquer, en contrepartie, la fiche de paie peut s’en trouver positivement impactée. « Plus la fiche de mission s’étoffe, plus le salaire doit s’étoffer, c’est logique », avance Albane Guerrier. Ainsi, un facility manager peut gagner « jusqu’à 60 000 euros par an contre 28 000 ou 38 000 euros annuels en moyenne pour un gestionnaire. » Dans la fonction publique, « la grille de salaire s’avère statutaire et assez figée suivant les grades, contrairement au privé », reconnaît Sandrine Lauraire. Sur la grille d’attaché territoriale, par exemple, « on débute entre 1800 et 3200 euros mensuels brut. » Toutefois, « si les gestionnaire parle anglais, cela peut grimper à 40 000 euros par an car, ce qui prime, c’est son aspect indispensable dans la boîte et les gains qu’il engendre », met en exergue Albane Guerrier.

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Roselyne Piterman.

Pour se promouvoir en interne et renforcer son employabilité, y a-t-il donc une recette magique pour ces gestionnaires de parc ultra-polyvalents ? Non, bien sûr, chaque cas et situation professionnelle étant différents. Mais Roselyne Piterman, coach certifiée et consultante business, dévoile quelques pistes de méthodologie à adopter. Par conséquent, « lorsque vous souhaitez être promu sur un poste que vous convoitez, vous devez dans un premier temps lister les arguments pour vous vendre. Pourquoi vous êtes la bonne personne ? Pourquoi vous et personne d’autre ? Et qu’êtes-vous prêt à affronter pour ce poste, en termes d’horaires ou de formation ? », interroge-t-elle.

Une fois ce bilan posé, il faut fourbir ses armes et affûter ses arguments pour prétendre à une augmentation de salaire, surtout dans le contexte de crise sanitaire et économique actuel. « Demander une augmentation doit toujours s’accompagner d’une proposition de service : je demande plus d’argent mais en contrepartie voici ce que je fais déjà en plus ou comment je peux redéfinir ma fiche de poste pour y inclure des responsabilités supplémentaires », indique Roselyne Piterman. Une sorte de négociation donnant-donnant en somme. Attention toutefois à éviter certains pièges comme « la victimisation ou la comparaison avec les autres : demander une augmentation parce qu’on a plus de frais, c’est le cas de tout le monde et cet argumentation paraîtrait trop banale à l’employeur », assure notre consultante business.

Un métier d’avenir

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Sandrine Lauraire.

Pour œuvrer au mieux sur des sujets toujours plus diversifiés, les gestionnaires de parc peuvent compter sur de plus en plus d’outils efficaces, tels que la télématique ou les logiciels de visualisation en temps réel de la flotte. Des aides qui pourraient devenir un danger pour cette profession ? « Si certains postes tendront peut-être à disparaître, il y a beaucoup de secteurs qui ont toujours besoin de véhicules comme les pompiers, le transport frigorifique, etc. Les machines ne remplaceront donc pas les gestionnaires de sitôt ! », assure Albane Guerrier. Une réflexion sur le futur de nos mobilités doit cependant s’opérer en répondant à des contraintes budgétaires et de nouveaux enjeux écologiques.

« Avec la généralisation du télétravail se pose en effet la question de l’autopartage ou des mobilités douces, problématiques qui concernent cependant plus la population des véhicules particuliers que des utilitaires », observe Albane Guerrier. Pour choisir le bon modèle pour le bon usage des salariés, le gestionnaire a donc « un rôle de conseiller et non de décisionnaire » à déployer selon Hanno Klausmeier. Or, en quelques décennies, les besoins ont bien changé. « On est sorti de l’appropriation pure et dure du véhicule et les jeunes générations se montrent particulièrement enclines à tester de nouveaux modes de déplacement » remarque Sandrine Lauraire, qui innove en permanence et a récemment proposé à ses collaborateurs le prêt de véhicules de la collectivité le week-end.

Fort d’une capacité à analyser finement les attentes et à bâtir, parfois à partir de rien, un service multiple, le gestionnaire possède toutes les qualités qui fondent un entrepreneur dans la « start-up nation ». Maintes opportunités d’évolution s’offrent donc à lui « s’il ne se limite pas à négocier des prix et vont au-delà de la simple fonction achat », prédit Hanno Klausmeier.

Les principales missions d’un gestionnaire de parc

Difficile de dresser une liste exhaustive des tâches qui incombent à un responsable de flotte. Néanmoins, voici quelques-unes des fonctions qu’il ou elle se voit généralement confiées :

  • Organiser et gérer la maintenance des véhicules
  • Organiser et gérer l’attribution des véhicules du parc automobile
  • Créer la carpolicy de l’entreprise
  • Analyser les reporting pour l’optimisation de la flotte (via un logiciel de gestion)
  • Prévenir les risques d’accidentologie
  • Prendre en compte l’impact environnement du parc
  • Interagir et négocier avec les différents fournisseurs
  • Organiser et optimiser les livraisons et restitutions des véhicules

Retrouvez cet article dans le n°262 (janvier 2021) de L’Automobile & L’Entreprise.

Mots clefs associés à cet article : Flotte, Gestion de parc, Logiciel, Télématique, Mobilités

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