Et si l’automobile devenait le transport en commun de demain ? Rencontre avec Bruno Duchemin (CESE)

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Le projet de Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) entame aujourd’hui son marathon parlementaire, avec l’examen du texte par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Cette réforme des politiques de mobilité, qui implique les entreprises, va dans le bon sens mais pourrait aller beaucoup plus loin. Rencontre avec Bruno Duchemin, membre de la section de l’aménagement durable des territoires du CESE* et rapporteur de l’avis sur la LOM.

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L’Automobile & L’Entreprise : Vous avez été impliqué dans l’élaboration de la LOM. Ce texte prend-t-il la bonne direction ?
Bruno Duchemin :
Le CESE a en effet été associé tout au long du processus d’élaboration du projet de loi, ce qui prouve l’intérêt du Gouvernement pour l’avis de la société civile. Globalement, le texte prend la bonne direction même si nous pensons qu’il aurait pu aller plus loin. Nous avons été très vigilants à tout ce qui pouvait être perçu comme des taxes supplémentaires, afin de ne pas dépasser un certain seuil d’acceptabilité pour les Français.

A&E : Sur quels points avez-vous tiré la sonnette d’alarme ?
BD :
Au début, tout a été envisagé pour tenter d’améliorer la qualité de l’air dans les villes : les zones à faibles émissions (ZFE) mais aussi la possibilité de créer une taxe sur les départementales. Si nous avons approuvé le premier point, le second comme la création de péages urbains nous ont fortement alertés. Ces mesures ne feraient que renforcer les inégalités sociales et territoriales. L’effort doit avant tout porter sur l’accès à toutes et tous aux centre-villes via des transports décarbonés, à faibles émissions. L’État ne peut pas demander aux gens de payer à chaque fois qu’ils ont besoin de venir en ville pour se soigner, par exemple. La taxation est un instrument efficace de développement durable si elle est juste, proportionnée et équitable, et les populations l’accepteraient d’autant qu’elles constateraient que la collecte finance des solutions qui leur sont directement destinées. Il faut mettre en place des alternatives, avant d’envisager de nouvelles taxes.

A&E : De quelle manière ?
BD :
Une fois qu’on a dit ça, il s’agit d’entrer dans le concret et la faisabilité. Nous avons regardé du côté des nouvelles technologies et considérons que le covoiturage peut être une réponse, notamment pour les trajets domicile-travail. Aujourd’hui, encore 76 % des actifs utilisent quotidiennement leur véhicule et le taux d’occupation des voitures était de 1,63 personne en moyenne en 2015. Mais pour que le covoiturage prenne place, il faut qu’il soit organisé, notamment par les Autorités Organisatrices de Mobilité (AOM)** et les entreprises. Ensemble, elles peuvent mettre en relation les salariés et transformer ces trajets quotidiens en sorte de service public. La voiture pourrait ainsi devenir le transport en commun de demain, à travers des plateformes de mobilité numériques pour que chacun puisse trouver une solution de mobilité à son déplacement. Le tout dans un contexte de hausse de 7 % du trafic pour le transport de personnes entre 2015 et 2028.

A&E : Quels en seraient les avantages ?
BD :
L’autorité organisatrice y gagnerait en rendant un service plus efficient mais aussi financièrement, avec des investissements moins importants que pour les transports en commun. L’entreprise pourrait de son côté y gagner en exonérations de charge ou sur la participation au forfait mobilités durables. Elle pourrait aussi profiter de véhicules mis à disposition par l’AOM. Enfin, les salariés y gagneraient du temps dans leurs déplacements.

A&E : Justement au sujet du forfait mobilités durables que la LOM va mettre en place, quel était l’avis du CESE ?
DB :
C’est un premier pas pour mettre fin à cette injustice entre les actifs qui habitent dans une grande ville, qui voient leur forfait mobilité à moitié remboursé, et ceux qui ont besoin de prendre leur voiture au quotidien. L’idée d’encourager les salariés à emprunter les mobilités douces ou le covoiturage ne peut qu’aller dans le bon sens. Lors de la consultation au CESE, les entreprises se sont montrées plus frileuses que les organisations de salariés qui ont en majorité salué la mesure.

A&E : Quel est, selon vous, le rôle des entreprises dans la mobilité de demain ?
DB :
Aujourd’hui, la mobilité est encadrée par des règles opposables que les entreprises se doivent d’appliquer. De même les salariés subissent un plan de transports établi par les AOM. Nous proposons d’inverser les process en partant des besoins et des flux de mobilité identifiés pour y apporter des réponses efficaces. Tout cela ne marchera que si chacun s’organise et si ceux qui jouent le jeu se voient récompensés.

* Le CESE (Conseil économique, social et environnemental) est une assemblée constitutionnelle française composée de représentants sociaux (patronat, syndicats, associations), revendiquant plus de 60 millions de membres. Il a une fonction consultative,
** L’ancienne autorité organisatrice de transport urbain (AOTU) est devenue, depuis l’adoption de la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014, l’autorité organisatrice de la mobilité (AOM).

Mots clefs associés à cet article : Loi d’orientation des mobilités (LOM)

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