De constructeurs automobiles à fournisseurs de mobilité

Publié le par

Face aux nouveaux modes de consommation de l’automobile et au déclin de la notion de propriété privée, les constructeurs sont contraints de revoir peu à peu leurs activités. Si longtemps la pièce détachée leur apporté un complément de revenus non négligeable, ils lorgnent désormais vers le marché des mobilités.

De constructeurs automobiles à fournisseurs de mobilité

"L’amour est à réinventer", écrivait Arthur Rimbaud en 1873. "L’automobile est à réinventer" semble être, depuis quelques années, le credo de nombreux constructeurs, français comme étrangers, conscients du lent déclin de leur activité principale qui se profile. Dans des villes de plus en plus congestionnées par le trafic routier, source additionnelle de pollution, l’automobile a de moins en moins bonne presse. Les politiques publiques visant à accorder davantage de place aux modes de déplacement alternatifs n’arrangeant parfois pas la situation.

En parallèle, les besoins en déplacement sont toujours aussi forts et l’objet automobile reste plébiscité, notamment par les salariés. Selon une enquête de l’Insee, publiée en février 2019, "parmi les 23,2 millions de salariés habitant et travaillant en France (hors Mayotte), 70 % utilisent principalement la voiture pour aller travailler. Seuls 16 % des salariés empruntent les transports en commun, 7 % pratiquent la marche, 4 % se déplacent en deux-roues motorisés ou non. Enfin, 3 % des salariés n’ont pas besoin de se déplacer pour exercer leur activité professionnelle.

La voiture reste donc, chez les actifs, le mode de transport le plus prisé. Cependant, on assiste à un basculement de la propriété vers l’usage. En d’autres termes, il n’est plus nécessaire de posséder un véhicule pour se déplacer avec. Cela fait le bonheur des entreprises spécialisées dans le covoiturage (Klaxit, Karos et même le pionnier BlaBlaCar), et plus largement dans l’auto-partage, en libre service ou non.

"Dans les principales agglomérations du monde, la tendance est toujours plus forte de renoncer à l’acquisition d’un véhicule pour une mobilité partagée ou à la demande", prophétisait mi-2016 Thomas Sedran, responsable de la stratégie de Volkswagen Group, à l’occasion du lancement de Moia, la marque du groupe dédiée à la mobilité partagée.

En France, la disparition d’Autolib’ a stimulé les constructeurs

L’auto-partage justement est une activité qui séduit de plus en plus de constructeurs automobiles. En France, et particulièrement en région parisienne, avec la disparition du service Autolib’ qui permettait d’emprunter 24 h/24 et 7 j/7 un véhicule 100 % électrique pour de courts trajets, plusieurs marques se sont positionnées pour prendre le relais.

Depuis septembre 2018, le groupe PSA – via sa filiale Free2Move – met à disposition des Parisiens plusieurs centaines de Citroën C-Zero et Peugeot iOn, ses minicitadines électriques. Ce service, accessible au moyen d’une application dédiée, est facturé au client en fonction du temps passé au volant et de la distance parcourue. À noter que Free2Move n’est pas uniquement un loueur de très courte durée. En effet, la filiale de PSA permet via son application active dans une vingtaine de villes européennes d’accéder à des services… concurrents. Les utilisateurs de l’application Free2Move peuvent par exemple effectuer la réservation d’un scooter électrique de l’opérateur COUP ou même emprunter un véhicule d’une marque concurrente.

Constructeur allemand, Daimler a également profité de la disparition des Bluecar exploitées par Autolib’ pour revenir dans l’Hexagone avec son service Car2Go, mettant à disposition des Parisiens plusieurs centaines de Smart 100 % électriques. "Nous nous félicitons de l’engagement de Mercedes, qui soutient la mobilité propre à Paris avec Car2Go. C’est un signal fort qui montre la capacité des villes et des industriels à préparer l’avenir", s’exclamait alors Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité.

Outre le groupe PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel) et le groupe Daimler (Mercedes-Benz, Smart), Renault s’est également lancé dans l’aventure de l’auto-partage. Le constructeur a déployé à Paris plusieurs centaines de Zoe, proposées en location de courte durée sous la marque Moov’in Paris. Ce service de mobilité étant chapeauté par la filiale Renault Mobility (spécialiste de la location traditionnelle), qui a dupliqué la formule dans plusieurs autres villes françaises comme Nice ou Caen.

S’allier pour résister

Sur ce vaste marché de la mobilité, et afin de "continuer à préparer l’avenir" comme le soulignait Jean-Louis Missika, les alliances sont indispensables. Les groupes BMW (service DriveNow) et Daimler l’ont bien compris. Les deux firmes – par ailleurs concurrentes – ont annoncé la création, mi-février, d’une co-entreprise ayant pour mission de développer de nouveaux services de mobilité.

"Nos services de mobilité [Car2Go et DriveNow, ndlr] ont déjà séduit une large clientèle. Nous franchissons désormais une nouvelle étape en mettant en commun la force et l’expertise de quatorze marques performantes", expliquait alors Dieter Zetsche, le président du directoire de Daimler et directeur de la division voitures de Mercedes-Benz.

"Ce portefeuille de services va être la pierre angulaire de notre stratégie de fournisseur de mobilité. La coopération est le moyen idéal de maximiser nos chances sur un secteur en croissance, tout en partageant les investissements", ajoutait Harald Krüger, président du conseil d’administration de BMW.

Appétit croissant pour les services de VTC

"Reach Now", l’entité créée à l’issue de ce rapprochement a été dotée d’un capital d’un milliard d’euros apporté par les deux constructeurs. Cette co-entreprise a pour mission le développement de l’auto-partage (sous la marque Share Now désormais), mais aussi la construction et l’exploitation d’infrastructures de recharge pour les véhicules électriques (Charge Now), la réservation de places de stationnement (Park Now). À noter également le développement de services propres aux chauffeurs de taxis et de VTC sous la bannière Free Now.

Outre l’auto-partage, plusieurs constructeurs ont effet investi ces dernières années dans des plates-formes de VTC. C’est le cas de Daimler, qui a pris début 2018 le contrôle de l’entreprise française Chaffeur-Privé, revendiquant 2 millions de clients et quelque 22 000 conducteurs. Afin de faciliter son développement à l’international, le service a récemment pris le nom de Kapten, plus facilement prononçable par des non-francophones. En 2017, via RCI Bank & Services, Renault s’était offert le VTCiste Marcel, spécialiste des courses en véhicules propres.

Outre-Atlantique, General Motors a investi début 2016 quelque 500 millions de dollars dans l’opérateur Lyft, principal concurrent d’Uber. Lequel a choisi de nouer une alliance avec Volvo portant sur la fourniture de 24 000 véhicules autonomes à partir de la fin de l’année.

L’avènement de la voiture autonome étant, pour les constructeurs traditionnels, le prochain grand défi à relever. Si presque tous ont des projets dans leurs cartons, son développement commercial intéresse particulièrement les géants du Web, au premier rang desquels...Google.

Mots clefs associés à cet article : BMW, Bolloré, Renault, Smart, Volkswagen, Autopartage, PSA, Daimler, Nouvelles mobilités, Car2go, Free2Move Lease

Voir aussi :

A la une
Suivez-nous RSS Twitter Linkedin
Newsletter
Recherche
NOS EVENEMENTS
Guide Fiscal 2019

Le guide de la fiscalité des véhicules d’entreprises, édition 2019, est l’outil indispensable.

Guide Fiscal 2019
COMMANDER