Covid-19 : José Baghdad PwC : "Le scénario le plus probable serait un recul des ventes de -21% en Europe en 2020"

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Entretien avec José Baghdad associé responsable du secteur automobile au sein du cabinet d’audit PwC France. Celui-ci revient sur la crise du secteur automobile suite au confinement en Europe et un peu partout au niveau mondial.

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L’expert envisage trois scenarii de reprise dont le plus probable verrait un rebond des ventes à hauteur du second semestre de l’année 2019 pour un volume de - 12% au niveau mondial et - 21% en Europe. Du côté de la réglementation européenne CAFE, José Baghdad pense que la Commission européenne va revoir l’applicabilité des amendes prévues en cas de non-respect des rejets de CO2 sur l’année 2020.

Christophe Carignano : Comment se porte aujourd’hui le marché automobile face aux événements actuels ?
José Baghdad :
il se porte très mal car il est à l’arrêt dans le monde, en France et en Europe, avec des perspectives très mauvaises sur les mois de mars et avril. On imagine même en Europe un mois d’avril avec une chute des ventes de plus de 90 %, ce qui est absolument colossal. En Chine, on voit un rebond sur le mois d’avril après une période de janvier/février qui a été très mauvaise. Aujourd’hui, l’urgence pour le secteur automobile est de bien préparer l’avenir et la survie des groupes automobiles, mais aussi des fournisseurs qui étaient déjà en difficulté, après avoir fait en sorte de mettre en sécurité les femmes et les hommes de l’industrie. Bref comment passer ce cap et avoir suffisamment de « cash » pour rebondir ?

CC : Quels sont les différents scénarii de reprise, notamment en ce qui concerne les normes CO2 ?
JB :
Côté PwC nous avons imaginé trois scénarii. En premier lieu, un plutôt optimiste avec un rebond de 25 % plus important que ce qui avait été imaginé en 2019 sur le second semestre, c’est-à-dire vraiment un rattrapage de la crise qui s’était passé sur le premier semestre. Ce rebond de 25 % ferait qu’au niveau mondial nous aurions une baisse de 3% et au niveau européen de 13 %, ce qui veut dire que même avec ce rebond, nous aurions une diminution des ventes.

Le deuxième scénario, le plus probable, serait d’être à l’équivalent de 2019 sur le second semestre de 2020, ce qui amènerait, au niveau mondial, à une baisse des ventes de - 12 % et au niveau européen de – 21 %.Enfin, scénario catastrophe, ce serait qu’après un mois d’avril désastreux, comme il se prépare en Europe, la reprise soit de – 5 %, et donc de – 22 % dans le monde et - 32 % en Europe, ce qui est vraiment un scénario très très impactant pour l’industrie automobile.

Ainsi, au regard des scénarii et des difficultés qu’ils engendrent, il est certain que la commission européenne va se poser la question de l’applicabilité des amendes, en particulier sur le respect de la réglementation environnementale et il est fort probable qu’il y ait une discussion sur le niveau des amendes qui seront données parce que l’industrie est actuellement tellement fragilisée que ça serait, peut-être, lui donner le coup fatal que de faire appliquer, à la lettre, ce qui était prévu.

CC : Ne peut-on pas imaginer l’effet inverse, que les volontés environnementales soient renforcées à la sortie de cette crise et que la marche vers l’électrique, déjà très importante et nécessitant d’énormes investissements, se trouve consolidée et que cela vienne bousculer la mobilité toute entière ?
JB :
C’est sûr qu’il y aura un avant et un après cette crise. Parce que l’industrie était déjà en pleine mutation structurelle et que l’effet conjoncturel va demander à chacun des acteurs de revoir ses priorités et d’être discriminant dans les investissements qu’ils vont faire. Donc oui, des choix beaucoup plus forts vont être opérés par certains constructeurs mais aussi certains équipementiers. Cela va donc changer la donne mais aussi accélérer la distribution de façon digitale. On savait que la distribution physique était en baisse et cela va sans doute s’accélérer.

Sur la partie environnementale, je pense qu’il faudra regarder avec recul les chiffres d’impact environnemental de cette situation de confinement, qui a certes un réel impact sur le CO2 mais limité sur les particules fines. Par conséquent, peut-être que cela pourra mettre en perspective les mesures environnementales adéquates à prendre auprès de l’industrie automobile. Mais la réponse et trop tôt et il faut prendre le temps de l’analyse avant de prendre les décisions.

Mots clefs associés à cet article : CO2, Marché Europe, Coronavirus Covid-19

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