Covid-19 : Et si le déconfinement amenait à repenser l’aménagement urbain ?

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Selon le Cerema, s’inspirer de l’urbanisme tactique pour redessiner la structure des villes de demain serait la réponse adéquate à nos nouveaux besoins post-confinement.

© Clotilde Gaillard
© Clotilde Gaillard

En raison de la diminution des déplacements, motorisés notamment, les chaussées sont désertées et les trottoirs un peu trop peuplés pour permettre de bien respecter les distanciations sociales. Partant de ce constat, le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a jugé que la période semblait propice à un profond remaniement de l’espace urbain.

En France comme ailleurs, certaines villes ont en effet déjà entrepris de créer des pistes cyclables éphémères ou de réquisitionner des places de stationnement afin d’élargir le trottoir, où les files d’attente s’étendent désormais. Autant d’initiatives répondant au concept « d’urbanisme tactique » et qui pourraient bien redéfinir le partage des mobilités dans l’espace public avant et après le confinement.

De l’occasionnel au permanent ?

Avec les restrictions de kilomètres parcourus, beaucoup de citadins ont troqué leur auto pour la marche. Une recrudescence de la piétonisation qui a brutalement révélé que les espaces dédiés à ses usagers pédestres n’étaient pas si vastes et qu’il n’était souvent pas aisé de respecter les exigences sanitaires de distances de sécurité. Plusieurs agglomérations ont donc profité du vide laissé par les voitures pour investir la chaussée et redistribuer l’espace public. Dès le 23 mars, la capitale colombienne Bogotá a progressivement déployé une centaine de kilomètres de pistes cyclables temporaires, tandis que la municipalité d’Okland (États-Unis) a décidé d’interdire, à partir du 11 avril, 120 kilomètres de voirie au trafic motorisé non résidentiel.

Dans l’Hexagone, ce genre d’expériences a été adopté depuis la mi-avril par des collectivités conscientes qu’un retour à la normale de la mobilité ne serait pas effectif avec le confinement prévu le 11 mai puisque les transports en commun seront probablement limités, bondés et sûrement boudés par des milliers d’usagers. Les villes pionnières en la matière ? Montpellier, suivi de Paris, Grenoble, Rennes, Lyon ou encore Lille. Mais ces installations provisoires pourraient bien, à terme et si elles s’avèrent efficaces hors contexte de crise, permettre de tester une organisation nouvelle de la ville et pourquoi pas être pérennisés. Pour preuve, l’abaissement des limitations de vitesse à 30 km/h en ville, voire à 20 km/h, apparaît comme une piste sérieusement envisagée par Bruxelles. Une ville-laboratoire qui pourrait convaincre ses voisines de se lancer dans le projet plus tard.

Les limites d’une réorganisation

Si l’urgence de la situation sanitaire a donc contraint les villes à adapter leur aménagement aux nouveaux besoins de mobilité, le sujet des investissements nécessaires pour pérenniser des trottoirs plus larges et praticables ou des pistes cyclables demeure. Pour le moment, ces réagencements sont réalisés à l’aide de balises ou de signalisation de chantier. Or, « il ne s’agit pas de créer de difficultés supplémentaires en termes d’accessibilité », souligne le Cerema. D’autant que se pose également la question de la circulation des personnes à mobilité réduite, autre thème crucial dont peu de communes françaises se sont pleinement emparées. Alors que redonner sa place à tous types d’usagers constitue l’enjeu des villes de demain, à quand des rampes et du mobilier adapté aux différents handicaps ?

De plus, malgré l’attrait suscité par le vélo et autres formes de mobilités douces et individuelles en cette période, quelques-uns craignent le retour en force de l’automobile au sortir du confinement. « Toutes les conditions sont réunies pour un retour irréversible de la suprématie de la voiture individuelle », alertent ainsi les consultants du cabinet BCG Joël Hazan, Pierre-François Marteau et Benjamin Fassenot dans une tribune du Monde. Par peur de la contamination, les usagers pourraient en effet se détourner des transports publics et du covoiturage (dont les VTC partagés). Sans oublier que les prix à la pompe, au plus bas, risquent de ne pas faciliter la transition énergétique et l’abandon de l’automobile non plus.

Mots clefs associés à cet article : Transports en commun, Piétons, Régions, Mobilités, Coronavirus Covid-19

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