Charte de sécurité routière : signer "utile"

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Pour rendre plus sûrs les déplacements des collaborateurs, la Sécurité routière invite les entreprises à signer une charte de sept engagements. Un socle utile pour orienter les premières actions. Mais seule une appropriation durable permet des résultats.

Les conducteurs du Groupe JLO parcourent entre 15 000 et 20 000 kilomètres par an. © Groupe JLO
Les conducteurs du Groupe JLO parcourent entre 15 000 et 20 000 kilomètres par an. © Groupe JLO

Le cap des 1 400 signataires n’est pas loin d’être franchi. Depuis octobre 2016, avec ses « 7 engagements pour une route plus sûre », la Sécurité routière a lancé un mouvement qui fait boule de neige.

Le concept est simple : afficher une liste de priorités dont les entreprises peuvent s’emparer à leur guise, sans contrainte, dans le but de réduire leurs accidents routiers. Pas question d’audit, de norme ou de certification, même le thème de « charte » ne figure pas sur les supports de communication. Les pouvoirs publics ont tiré les leçons d’une précédente génération de chartes, apparue à la fin des années 1990 : plus exigeantes, elles ont refroidi la plupart des entreprises, à l’exception de quelques pionnières. Désormais, plus question d’une signature officielle en présence des représentants de la Sécurité routière et de ceux de l’Assurance maladie (CNAMT).

L’adhésion à cette nouvelle forme de charte allégée s’effectue avec un minimum de formalisme au moyen d’un formulaire en ligne (sur securite-routiere.gouv.fr). En outre, la démarche n’implique pas d’atteindre des objectifs chiffrés ni même de déployer une politique de prévention sur chacun des sept axes que sont le téléphone au volant, l’alcool, la vitesse, le port de la ceinture, l’organisation des déplacements, la formation des salariés et l’équipement des conducteurs de deux-roues. Cette liberté est justement la clé pour inciter un large spectre d’entreprises à s’emparer de la problématique. L’enjeu reste considérable : plus de la moitié des décès dans le cadre professionnel survient sur la route.

Tous responsables

« Nous nous sommes inscrits dans cette démarche car nos ouvriers conduisent toute la journée des camions ou des engins. Nous avons signé cette charte pour sensibiliser nos salariés » explique Solène Miné, assistante aux ressources humaines au sein de l’entreprise de BTP Despagnet, implantée dans le Sud-Ouest. L’engagement de cet employeur, formalisé fin 2018, vise ses 120 salariés, mais également les intérimaires embauchés pour des périodes longues. Et il ne se limite pas au personnel qui travaille sur les chantiers. « Les trajets domicile-travail représentent un risque pour nous en tant qu’employeur » , souligne la responsable.

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Au titre de son activité dans le BTP, l’entrepise Despagnet avait déjà identifié le risque routier dans son document unique d’évaluation des risques. ©Despagnet

Même écho dans le secteur tertiaire au sein du Groupe JLO, spécialisé dans les ressources humaines et la qualité de vie au travail. « Quatre-vingt-dix pour-cent de nos effectifs sont des consultants, qui sont régulièrement sur la route. Le risque routier est un des plus importants, donc nous nous sommes engagés pour y sensibiliser nos collaborateurs. Cette charte est également en lien avec notre engagement RSE », évoque Émilie Gasquet, secrétaire générale du Groupe, qui compte une centaine de salariés répartie sur une douzaine d’implantations en région.

Dans ces entreprises, aucune véritable accumulation d’accidents n’est à déplorer mais elles partagent un souci de la prévention, existant avant la signature du document. C’est le cas de R&G Global Consultants, un cabinet de conseil spécialisé dans la logistique. Son président et fondateur, Christian Mertz, se félicite de ne déplorer aucun accident professionnel en quinze ans. Cependant, il a identifié l’existence d’un risque lors des déplacements, particulièrement celui qui découle de l’usage du téléphone au volant. « Nous profitons du temps passé sur la route pour appeler des personnes aux horaires où elles sont encore joignables comme au retour de mission », confie-t-il.

Élément déclencheur

Par conséquent, le dirigeant n’a pas attendu l’appel de la Sécurité routière pour traiter le sujet en interne. Les salariés sont incités à se déplacer en train plutôt qu’en voiture et à dormir sur place pour limiter les allers-retours. Pour des trajets routiers avec leurs les véhicules de fonction, l’entreprise leur impose de connecter leur téléphone en bluetooth et de réduire leurs temps d’échange au minimum. « J’avais déjà fixé des règles, mais la charte a renforcé ce point », témoigne Christian Mertz.

Pour sa part, le Groupe JLO avait intégré le risque routier dans son document unique d’évaluation des risques (DUER) et mis en place des formations pour ses conducteurs, avant de signer l’appel de la Sécurité routière. « Nous avons souhaité formaliser notre engagement sur cette thématique pour avoir un impact en interne, notamment lorsque nous communiquons auprès des instances représentatives du personnel mais également vers l’extérieur via notre site ou notre rapport RSE », affirme la secrétaire générale.

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Après la signature des 7 engagements, Despagnet a décidé de former ses personnels. © Despagnet

Depuis la signature de la charte, JLO a créé un guide de la conduite responsable remis à tous les collaborateurs. Chez Despagnet, les sept engagements ont également permis d’aller plus loin. « La charte a été comme un déclic. Le fait que ce soit une institution qui appuie cette démarche a permis de nous impliquer davantage », reconnaît Solène Miné. L’entreprise a organisé des demi-journées de sensibilisation aux risques liés à la vigilance, à l’alcool ou encore au téléphone au volant. L’action devrait se renouveler à un rythme d’un ou deux ans.

Piqûres de rappel

C’est justement dans les années qui suivent la signature de la charte que la perte d’efficacité guette les entreprises qui ne maintiendraient pas cet élan. Après trente-six mois, la Sécurité routière demande aux signataires s’ils souhaitent renouveler leur engagement mais sans évaluation. Elle reconnaît d’ailleurs ne pas disposer d’un décompte des signataires réellement actifs parmi les 1 400 enregistrés.

Pour Jean-Claude Robert, délégué général de l’association PSRE (Promotion et suivi de la sécurité routière en entreprise), il existe bel et bien un risque d’essoufflement. « La charte n’est pas comme un contrat de travail que l’on signe une fois. Il ne faut pas perdre de vue la nécessité de la maintenir dans la durée. Les responsables de flottes doivent faire des piqûres de rappel », dit-il. Une discipline qui sera d’autant plus facile que les engagements auront été choisis. « Ils doivent tenir compte de l’histoire et de la culture de l’entreprise », préconise-t-il. Mieux vaut parfois commencer par quelques points forts et animer des actions dans la durée que de mettre la barre trop haut sur toutes les thématiques.

Bien compris, ce dispositif des sept engagements peut devenir un premier pas vers une politique de prévention. À condition de ne pas tout faire reposer sur lui, met en garde le délégué général de PSRE. Il prévient : « La charte n’exonère pas l’employeur de ses obligations de rédiger un DUER intégrant le risque routier professionnel. »

Mots clefs associés à cet article : Transports en commun, Voyage d’affaires, Sécurité, Trajets domicile-travail, Sécurité routière

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