Bruno Lebrun (Gireve) : « Les points de charge ne sont pas là où ils devraient être aujourd’hui »

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Les lancements de nouveaux véhicules électriques vont s’accélérer jusqu’à fin 2020. Si l’offre progresse, la recharge de ceux-ci peut encore paraître complexe pour certains automobilistes ; bornes et réseaux variant d’un territoire à l’autre. Bruno Lebrun, président du Groupement pour l’itinérance des recharges électriques de véhicules (Gireve) fait le point sur les conditions de recharge en France et en Europe.

En France, il y a plus de 25 000 points de charge en fonctionnement. (image d'illustration)
En France, il y a plus de 25 000 points de charge en fonctionnement. (image d'illustration)

L’Automobile & L’Entreprise : Quels sont les rôles du Gireve et quel est son fonctionnement ?

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Bruno Lebrun Gireve
Bruno Lebrun : Nous sommes concentrés sur les services qui permettront demain aux utilisateurs de se recharger n’importe où sous couvert d’un abonnement auprès d’un opérateur de mobilité. Le Gireve a une position d’intermédiaire entre les opérateurs de service et les réseaux de recharge. Il agit comme un agrégateur de réseau en France et à l’échelle européenne.

A&E : La recharge d’un véhicule électrique est parfois un exercice complexe...

BL : Il faut bien comprendre que l’interaction avec un réseau de recharge est très différente de l’expérience vécue en station-service ! Dans ces dernières, les automobilistes passaient peu de temps à l’arrêt et réglaient avec des pièces, des billets ou en carte bancaire. La recharge d’un véhicule électrique est chronophage et, dans cette nouvelle expérience de mobilité, ce qui compte ce sont les services connectés offerts et la facilité de paiement. Il est important par exemple d’avoir une application permettant de voir si la recharge du véhicule progresse bien, si la borne ne s’est pas arrêtée ou de rediriger vers une borne voisine en cas de panne. Et l’on ne paie plus directement sur l’appareil, mais de manière dématérialisée en présentant un badge d’abonnement à un opérateur de recharge puis en recevant une facture globale. Il faut cependant avoir connaissance de données comme le prix du kilowattheure,…

A&E : Comment évolue le secteur de la recharge électrique ?

BL : Depuis un an et demi, ça bouge énormément tant sur les réseaux de recharge que chez les opérateurs de mobilité. Du côté des réseaux (privés, autoroutiers…) on assiste à l’arrivée des pétroliers, qui veulent jouer à fond sur leurs sites la carte du bouquet d’énergies. En parallèle, on constate un tassement des financements publics – notamment via le Programme des investissements d’avenir (PIA) – aidant à l’installation de bornes. Le relais est pris par des investisseurs privés ou les collectivités locales, à l’image de la métropole lyonnaise ou de Saint-Étienne, qui ont développé leurs propres réseaux.

A&E : Craignez-vous l’arrivée des constructeurs dans le secteur de la recharge électrique ?

BL : Non, au contraire, les choses bougent enfin. Les constructeurs vont aller davantage vers les services permettant d’accompagner le conducteur vers la recharge. Cela va être le cas de Renault avec la nouvelle Zoe. Les constructeurs sont convaincus d’avoir une carte à jouer. Leur rôle ne consiste plus seulement à concevoir et à vendre des véhicules électriques mais des solutions de mobilité.

A&E : De nouveaux (gros) acteurs s’intéressent aussi de près à cette activité...

BL : On constate en effet l’arrivée d’acteurs très puissants qui, traditionnellement, proposaient des cartes carburant, un service plutôt réservé aux professionnels. Jadis portés sur les véhicules thermiques, ils se lancent aussi dans les cartes électriques. C’est un bon signal car cela prouve qu’ils anticipent l’électrification des flottes et, plus globalement, celle du parc roulant.

A&E : Y’a-t-il suffisamment de points de charge en France ? Et en Europe ?

BL : En France, il y a plus de 25 000 points de charge en fonctionnement. Mais disons qu’aujourd’hui les points de charge ne sont pas forcément là où ils devraient être. Finalement avec le PIA ont a fait un réseau essentiel, très maillé, mais ça ne colle pas avec les zones où il y a des véhicules électriques. Le réseau est donc peu utilisé, mais on donne de la visibilité aux infrastructures de recharge. En Europe, les pays les mieux dotés sont ceux du Nord (Norvège, Suède, Pays-Bas…). Le Gireve facilite l’accès à plus de 60 000 points de charge (dont environ 20 % en France) répartis en plusieurs centaines de réseaux.

A&E : Quels conseils pouvez-vous donner aux entreprises souhaitant s’équiper de bornes ?

BL : Les entreprises s’équipent peu à peu de points de charge pour alimenter les véhicules électriques de leurs parcs. Attention toutefois à d’éventuels contrôles de l’Urssaf en cas de recharge gratuite autorisée pour les salariés : est-ce un avantage en nature accordé au salarié ? Les entreprises ont donc tout intérêt à ce que le courant fourni à leurs collaborateurs et visiteurs soit facturé aux utilisateurs des bornes.

A&E : N’est-ce pas trop contraignant à organiser ?

BL : En cas de recharge payante, ces bornes peuvent être considérées comme des points de charge publics. Ainsi, cela n’a pas de sens que l’entreprise impose de souscrire un abonnement auprès d’un opérateur de recharge, en particulier pour se servir de la borne. Le salarié devrait alors avoir un badge pour ses usages privés, un badge pour recharger sur son lieu de travail, etc. Le plus simple est de mettre cette borne en itinérance. Ainsi avec n’importe quel badge, les utilisateurs peuvent se recharger puis être facturés.

Mots clefs associés à cet article : Véhicule électrique, Recharge électrique, Gireve

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