À chaque risque nouveau, les assureurs s’adaptent

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En matière d’assurance automobile, ce qui est valable pour les particuliers l’est aussi pour les flottes. Ces derniers temps, le développement des nouvelles mobilités en entreprise vient toutefois bouleverser les rapports avec les assureurs. Tour d’horizon de des nouvelles propositions.

À chaque risque nouveau, les assureurs s'adaptent

Depuis le 27 février 1958, l’assurance automobile est une obligation légale. « Toute personne physique ou toute personne morale dont la responsabilité civile peut être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d’atteintes aux personnes ou aux biens dans la réalisation desquels un véhicule est impliqué doit, pour faire circuler celui-ci, être couverte par une assurance garantissant cette responsabilité », stipule l’article L211-1 du Code des assurances.

En 2017, près de 47 millions de véhicules étaient couverts par une assurance automobile, dont 3,6 millions de véhicules en flottes, selon des données de la Fédération française de l’assurance et de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae).

Qu’il s’agisse des particuliers ou des flottes, « le contrat conclu est une responsabilité civile automobile dont les garanties s’appliquent sur voie publique comme sur voie privée » rappelle Dominique Mercier-Sabalot, directrice automobile chez Aon France. Dans les contrats flottes, « il n’y a pas de garanties très exceptionnelles comparées à celles d’un contrat particulier, mais on adapte certaines garanties aux spécificités des métiers » complète Étienne de Font-Réaulx, directeur du département assurances flottes automobiles chez Théorème. Les différences les plus significatives concernant les plafonds d’indemnisation ou des couvertures spécifiques, comme la faute inexcusable de l’employeur.

Une part d’auto-assurance en flottes

À noter que l’on considère comme contrat flottes « un contrat couvrant plus de trois véhicules appartenant à un même propriétaire – ou assurés par une même entité (entreprise) –, nombre à partir duquel la loi dite de bonus-malus ne s’applique plus », rappelle l’Amrae dans l’un de ses cahiers techniques.

Autrement dit, la prime d’assurance « n’est pas calculée en fonction de critères généraux de risque » (marque et modèle du véhicule, puissance, âge et ancienneté de permis des conducteurs…) mais en fonction de la sinistralité du souscripteur. En outre, dans le cadre des contrats flottes, les entreprises sont fortement incitées à pratiquer une forme d’auto-assurance via le mécanisme de la conservation (aussi appelée « franchise annuelle »). « La conservation est le montant annuel cumulé, à charge de l’entreprise, en deçà duquel le montant des sinistres est financé en totalité par elle. Au-delà de ce montant annuel, c’est l’assureur qui prend à sa charge l’intégralité des sinistres », précise l’Amrae auprès de ses adhérents.

« Il faut donc rentrer en profondeur [dans les demandes et les dossiers] et faire du sur mesure avec les clients », commente Dominique Mercier-Sabalot. Les assureurs et courtiers sont alors « au-delà des aspects de placement, essentiellement dans des prestations d’accompagnement : fournir des reportings adaptés avec des analyses spécifiques en fonction des territoires ou des filiales, alerter les clients sur les coûts des sinistres pour in fine les aider à les optimiser », précise-t-elle.

« L’enjeu pour les flottes c’est plus la gestion des coûts que le contrat en lui-même », abonde Étienne de Font-Réaulx. « La flotte constitue un poste de dépenses important, toutes les entreprises cherchent à diminuer leurs coûts. Souvent des points d’amélioration demeurent, et les gains apportés par une meilleure gestion peuvent atteindre 30 % des coûts de réparation », souligne-t-on encore chez Aon.

Les nouvelles mobilités prises en considération

Ainsi, à l’heure où les nouvelles mobilités se développent en entreprise, courtiers et assureurs voient émerger de nouvelles demandes – donc de nouveaux risques – susceptibles de faire gonfler les primes d’assurance de leurs clients. « Certains sinistres sont assez exceptionnels mais peuvent être lourds de conséquences lorsqu’ils se produisent ! », souligne-t-on chez Aon. Concernant les nouvelles mobilités, l’assureur Allianz a ainsi pris les devants en développant une offre spécifique couvrant les risques liés à l’utilisation des nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI) déployés ou utilisés au sein des entreprises. « Notre objectif est de créer des solutions d’assurance pour garantir la sécurité des passagers mais aussi de développer des actions de prévention et de sensibilisation pour protéger nos clients et contribuer à rendre les déplacements plus sûrs » indique Delphine Asseraf, directrice de l’écosystème Ma Mobilité d’Allianz France.

Globalement, « les assureurs sont ouverts aux nouvelles formes de mobilité analyse Dominique Mercier-Sabalot. Ils trouvent toujours des solutions à partir d’une demande nouvelle et d’un risque nouveau. » La directrice automobile d’Aon France reconnaît tout de même que, concernant le covoiturage, les compagnies étaient plutôt réticentes au départ. Depuis, dit-elle, « tout le monde est revenu sur sa position d’autant que la sinistralité n’est pas si mauvaise. Puisque les conducteurs sont soumis à un système de notation, ils sont plutôt prudents ». Le seul risque que voient les assureurs « est le risque corporel », souligne pour sa part Étienne de Font-Réaulx, puisque « là où les collaborateurs étaient seuls dans leur véhicule auparavant, plusieurs personnes y prennent désormais place ».

Concernant l’auto-partage, le directeur du département assurances flottes automobile de Théorème estime que « les assureurs y participent volontiers, mais au cas par cas. Globalement l’auto-partage ne présente pas beaucoup de risque car lorsque le pool de véhicules est ouvert à des tiers, il y a en général un prestataire qui en assure la gestion et qui lui-même est assuré pour cette activité ». Une vision qui est modérée chez le concurrent Aon. « C’est une excellente initiative mais une situation plus compliquée à couvrir car les conducteurs sont par définition inconnus, ce qui implique que le risque n’est pas connu et donc moins maîtrisé par l’assureur. Le métier d’assureur et de courtier passe par la problématique du marché : il s’agit de s’adapter à une situation sans avoir peur d’innover. Si des clients nous sollicitaient sur ce point, on trouverait des solutions », avance Dominique Mercier-Sabalot.

Quid des Adas ?

Outre les nouvelles mobilités, le développement croissant des aides à la conduite – prémices à la conduite 100 % autonome – va peu à peu faire évoluer les risques à couvrir par les assureurs. Gages de davantage de sécurité, ces systèmes (aides au maintien dans la voie, régulateurs de vitesse adaptatifs, freinage automatique…) ou assistants de conduite de type ProPilot chez Nissan, Autopilot de Tesla, Traffic Jam d’Audi ou DS Connected Pilot chez DS devraient permettre de réduire la sinistralité et de faire diminuer le coût des contrats d’assurance.

Si l’organisme européen EuroNCAP, célèbre pour ses crash-tests, prend déjà en considération certains de ces équipements dans l’attribution de ses fameuses étoiles aux véhicules inspectés, ce n’est pas encore le cas des compagnies d’assurances, comme le déplorent certains constructeurs. Au premier rang desquels figure BMW. « Sur la voie de la conduite autonome, de plus en plus de systèmes d’assistance aux conducteurs trouvent leur place à bord des véhicules. Dans certains cas, ceux-ci interviennent activement dans le contrôle du véhicule. Or ils ne sont actuellement considérés que dans une mesure limitée », fait valoir la marque bavaroise.

Afin de faire bouger les lignes, BMW et l’assureur suisse Swiss Re ont décidé de travailler ensemble en vue d’établir un nouveau type de barème d’assurance automobile prenant en compte l’offre d’équipements de sécurité et d’aides à la conduite présents sur le véhicule à assurer. Les deux partenaires affirment qu’une fois leur base de données prête tous les assureurs pourront y avoir accès en vue de moduler les montants des contrats. En tout cas, ceux des particuliers.

Mots clefs associés à cet article : Assurance, Autopartage, Covoiturage, Enquêtes

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