« 80 km/h : quel scandale ! »

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Chaque mois, Jean Zermati, observateur avisé du monde des flottes, nous livre son billet d’humeur sur l’actualité du secteur…

Jean Zermati © Olivier Devillers
Jean Zermati © Olivier Devillers

Ainsi donc la limitation à 80 km/h serait inutile et sans effets. Et aucune étude sérieuse ne viendrait à l’appui de cette mesure 

Rappelons d’abord que dans nos entreprises le risque routier est le premier de tous et que tout ce qui contribue à sa limitation est bon à prendre. Alors oui, un meilleur état des routes, oui la lutte contre l’alcoolémie et toutes les addictions au volant (téléphone compris), oui une meilleure éducation à la conduite doivent contribuer à la limitation du nombre de tués et d’accidentés sur nos routes. Mais la vitesse est aussi un vrai facteur d’accidents ou d’aggravation. Les études du Suédois G. Nilsson et du Norvégien R. Elvik ont en effet montré que 1 km/h en moins induisait une diminution de 4 % des accidents mortels. Et rappelez-vous l’énergie cinétique : ½ mv² qui évolue avec le carré de la vitesse. La distance d’arrêt baisse de près de 30 % à 80 km/h par rapport à 90 km/h. Et s’il est vrai que la durée du trajet augmente légèrement (3 minutes pour un trajet de 50 kilomètres, qui ne s’effectuera en totalité ni à 90 ni à 80 km/h), la consommation de carburant elle baisse de 15 %. Sur nos routes départementales à deux voies (40 % du million de kilomètres total) il y a 55 % des tués. Cela ne mérite-t-il pas des contraintes ?

L’expérience a débuté le 1er juillet 2018. Et s’il est encore trop tôt pour tirer un enseignement définitif, les premiers chiffres de la mortalité pour 2018 sont publiés. Alors que disent-ils ? Le nombre de tués baisse enfin en 2018, à 3 259 personnes, ce qui n’était plus le cas depuis 2013. Le bilan 2018 est même le plus bas jamais observé (3 268 tués en 2013). Certains vous diront pourtant que la baisse de 2018 par rapport à 2017 a été relativement plus forte au premier semestre (S1) qu’au second (S2). Ils ont raison : – 108 au S1 contre – 81 au S2. Et d’affirmer ainsi que la limitation de vitesse n’y serait pour rien. C’est oublier que les six dernières semaines de 2018 ont été « quelque peu » perturbées et que, durant cette période, près des deux tiers des radars ont été vandalisés. Mais reprenons ce raisonnement en comparant cette fois 2018 non plus à 2017 mais à la moyenne 2013-2017, ce qui semble plus juste et permet de lisser les anomalies d’une année spécifique.

2018Moyenne 2013-2017Delta
S1 1 520 1 541 – 21
S2 1 739 1 866 – 127
Total 3 259 3 407 – 148

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes ! Mais ils devront être confirmés.

Alors pourquoi faudrait-il maintenant revenir en arrière ? Pourquoi faudrait-il laisser localement à chaque élu la possibilité de décider des limitations au gré des échéances électorales ? Il s’agit d’une politique nationale. La seule concession envisageable, me semble-t-il, est l’harmonisation des limitations pour éviter des changements perpétuels. Un peu de bon sens devrait permettre d’y arriver sans peine.

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